Et philosophiquement, François les laissa à leurs amours, et Miraut, ayant tanné Turc et grandi par une telle victoire, eut la suprématie et fut le coq de tout le canton.

CHAPITRE VII

Avec l'automne revint l'ouverture, et Miraut et Lisée connurent derechef les joies pures des matins de chasse.

C'était pourtant, pour les chasseurs et pour les chiens, une mauvaise année que cette année-là. Depuis plus de deux mois, ce qui avait permis d'admirables moissons et laissait espérer une vendange d'une merveilleuse qualité, un soleil implacable avait pompé sans relâche toute l'humidité de la terre, séchant les bas-fonds, tarissant les sources, faisant baisser le niveau des rivières.

Les prés « grillaient », disaient les paysans ; tout espoir de regains s'évanouissait et, dans la forêt, atteinte elle aussi, les frondaisons, précocement mûries et roussies, tombaient et jonchaient le sol. Lorsqu'on marchait dans les tranchées ou les clairières, cela faisait un bruit de foulée qui s'amplifiait considérablement : un saut de grenouille, le moindre grattement de mulot ou de musaraigne, le saut d'un merle venu sur le sol pour écarter les feuilles et chercher des graines ou des vermisseaux produisaient un cliquettement comparable, quant à l'intensité, à une course de renard ou à une fuite précipitée de bouquin.

Passé huit heures du matin, il était vain d'espérer lancer un lièvre ; suivre une piste à plus de deux cents mètres au dehors du taillis était absolument impossible, et Miraut et Bellone, et Lisée et Philomen connurent des matins où, malgré la meilleure volonté du monde et le profond désir et le merveilleux travail des chiens, on doit quand même rentrer bredouille.

Bien avant le lever du soleil, pour profiter, dans les bas-fonds abrités, d'une vague et problématique rosée, ils partaient tous quatre de concert. Les chiens quêtaient avec frénésie, trouvaient de-ci de-là de mauvais frets, hésitaient sur les rentrées parmi de vagues pistes à peine frayées, très embrouillées et extrêmement ténues.

Ce fut là que l'intelligence de Miraut et son sens profond de la chasse s'accrurent encore et se développèrent.

Le nez ne lui donnant que d'insuffisantes indications, il regarda aussi avec ses yeux, fit des efforts de mémoire, rapprocha certains faits, évoqua les chasses passées et, selon le sens de ses conclusions, visita telle cache plutôt que telle autre, ce fourré-ci de préférence à celui-là.

On arrivait tout de même à lancer grâce à lui. Mais si les chasseurs n'étaient point à portée pour arrêter l'oreillard dès le début de sa course, cinq minutes plus tard, ayant gagné la plaine ou quelque chemin, c'était fini et bien fini ; Miraut et Bellone, le nez obstrué, éternuant dans la poussière, renonçaient à la poursuite, d'autant que la chaleur, une chaleur impitoyable, leur faisait tirer une langue de six pouces au moins.