Ah ! c'est quelquefois un rude métier que celui de chien, et, la saison d'avant, la chasse n'était guère plus drôle. Les pluies, cette année-là, avaient détrempé le sol et on ne pouvait flairer une piste sans que les narines ne s'emplissent d'eau immédiatement, ce qui vous faisait éternuer des cinq minutes consécutives. Et si l'on voulait suivre parmi les hautes herbes, l'eau ruisselante lavait tout fret, dissolvait toute odeur, au point qu'il était absolument impossible de faire revenir le gibier quel qu'il fût, renard ou lièvre, au canton du lancer.

Du moins, dans ces moments-là, si pénibles qu'ils soient, la soif ne torture pas les chiens, et s'ils étaient, après chaque partie, trempés comme des soupes, une heure après ils avaient l'agrément d'être absolument secs et d'une merveilleuse propreté.

Mais avec cette terrible sécheresse, rien à faire, et des dangers étaient à craindre, car les sous-bois pullulaient de vipères qui s'y étaient retirées, cherchant la fraîcheur et l'humidité.

Une d'elles avait même un jour fichu une fameuse frousse à Lisée. Voyant Miraut immobile, tel un chien d'arrêt, il s'était demandé qu'est-ce qui pouvait bien l'arrêter ainsi, car son chien n'avait pas, en chasse, l'habitude de flâner.

« Bah ! songea-t-il, c'est un hérisson qui l'épate, et il ne sait pas par quel bout le prendre, je comprends ça. »

Néanmoins, il alla se rendre compte ; il était temps.

Devant une énorme vipère qui le fixait, Miraut, non point hypnotisé, bien sûr, mais intrigué, se demandait s'il n'allait point sauter sur cette sale bête et lui casser l'échine, tandis que l'autre, le corps replié, la tête levée, se préparait non moins fermement à se détendre et à lui flanquer une vigoureuse morsure.

— Ah ! bon Dieu !

Lisée n'avait pas hésité. En rien de temps, il avait épaulé et fait feu, et Miraut, qui ne s'attendait point à la secousse, sautait tout droit en l'air sur place, des quatre « fers » à la fois.

— Tu l'échappes belle, mon ami, félicita Lisée.