Le Clovis Baromé n'était toujours pas rentré, et sa mère, qui craignait un malheur, n'avait eu trêve ni repos qu'elle n'eût décidé son mari et ses voisins à se rendre sur Mont-Tanevis à l'endroit où son fils avait dû travailler durant l'après-midi.
Lisée s'enquit de leur affaire, puis, secoué lui aussi, il revint chausser ses souliers et, emmenant Miraut avec lui, partit rejoindre les chercheurs.
Le chien hurlait toujours et d'autres maintenant lui répondaient : Berger de sa pâture, Tom du seuil de la boutique, Turc au loin, vers le moulin, et tous ceux des alentours ; c'était sinistre.
Le chien prit le trot, et on le suivit avec peine, moitié marchant, moitié courant. On arriva tout essoufflé au sommet de la Côte et, derrière le chien toujours, on gagna rapidement le grand enclos où Clovis Baromé avait dû venir travailler.
D'assez loin, au clair d'étoiles, on apercevait la stature squelettique et triste de quelques frênes dévêtus à côté d'autres qui ne l'étaient pas, ce qui indiquait que, pour une raison quelconque, le garçon avait dû abandonner la besogne commencée.
L'anxiété grandissait : on courait maintenant derrière le chien, dont le poil du dos se hérissait, et qui bientôt s'arrêta, figé de peur, hurlant plus lamentablement que jamais.
Au pied de l'arbre, l'échine brisée, le jeune homme gisait, la figure ensanglantée par endroits, jaune, cireux, déjà froid, tué dans la chute qu'il avait dû faire. Une branche cassée presque au sommet de l'arbre attestait son imprudence et indiquait l'accident : il n'y avait rien à faire qu'à ramener au village le cadavre. Deux hommes s'en chargèrent, qu'on relaya de temps en temps, pendant que les autres pensivement suivaient : ce fut un triste retour.
La vieille et le vieux Baromé n'avaient plus que ce fils ; ils avaient déjà perdu leur aîné au régiment, où il était mort d'une pleurésie, et leur désespoir fut navrant. Les gens, devant leur douleur, ne pouvaient retenir leurs larmes, et Miraut, lui aussi, témoigna de son chagrin en hurlant, car Clovis le caressait chaque fois qu'il passait devant leur maison.
Ce fut ensuite l'enterrement et peu à peu, sauf pour les vieux, inconsolables, l'oubli fatal ; mais le chien de Lisée, dans tout le pays et aux alentours, s'en trouva grandi. N'était-ce point cette intelligente bête qui, la première, avait prévenu les gens, qui avait insisté et conduit enfin son maître et les autres sur le lieu du drame et, en cette occasion, avait en outre témoigné d'une sensibilité dont beaucoup de brutes à deux pattes n'étaient certes pas capables ?
— Miraut, c'est un sacré chien, disait-on.