Et la Guélotte, flattée tout de même, en oubliait tout à fait de le rosser et de le faire jeûner.
La chasse fut décidément mauvaise, cette saison. Les chiens, déroutés par le manque de fret et rendus furieux, poursuivaient tout ce qu'ils rencontraient, même et surtout les chats, les matous qui, attirés par le beau temps, friands d'oiseaux, s'aventuraient à travers champs et venaient se poster à l'affût, au bord des sources, afin de tuer pour leur compte personnel. C'étaient de courtes chasses qui finissaient au premier gros arbre rencontré. Le chat, effaré, grimpait bien vite, se juchait à la deuxième ou la troisième fourche et, de là, regardait de ses yeux verts, ronds et fixes, son poursuivant désappointé.
Les chasseurs venaient se rendre compte et rejoignaient leurs chiens et, quand ils avaient reconnu le gibier, cela se terminait généralement par d'amicales engueulades.
Miraut chassa aussi les renards, les renards qui, eux, ne quittent que rarement le bois, ne suivent pas de chemins, laissent un fret plus abondant, plus fort et plus facile à suivre.
— Faute de grives on mange des merles, proclamait Lisée ; autant ça que rien.
Les peaux ne valaient pas grand'chose encore, malgré l'adage courant qui les prétend bonnes dès que les citoyens à longues queues ont marché sur les éteules ; mais il y avait la prime, vingt sous pour un mâle, quarante sous pour une femelle. Naturellement, les renards tués, fussent-ils couillards comme taureaux, étaient tous, pour les besoins de la prime, baptisés renardes, avec la complicité de ce brave Jean, le secrétaire de mairie, qui d'ailleurs n'y connaissait rien du tout, n'y voyait jamais que du feu et se laissait complaisamment rouler.
Ces chasses-là ne duraient guère qu'une demi-heure, trois quarts d'heure au plus, et se terminaient, quand on ne tirait pas, par la rentrée du goupil dans son trou. Plusieurs d'entre eux furent ainsi repérés et Lisée et Philomen se promirent de préparer leurs pièges pour l'hiver, dès que les peaux seraient bonnes.
Arrivé devant le terrier, Miraut habituellement reniflait et gueulait, essayant même de s'aventurer dans l'intérieur du boyau ; mais il était trop grand et trop gros, et son maître ne l'autorisait pas à le faire. Il renonça d'ailleurs de plein gré à affronter gueule à gueule les renards à partir du jour où il fut bel et bien mordu par un vieux goupil à qui Lisée avait cassé les reins d'un coup de fusil.
Il était là sur le sol, allongé, ventant et soufflant, attendant le coup de grâce, quand le chien, très excité, furieux, arrivant à toute allure, lui sauta dessus.
En désespéré, le renard attrapa Miraut où il put, saisit l'oreille droite et ferma la mâchoire. Quand un renard blessé a mordu, c'est bernique pour le faire lâcher : Miraut, pincé, avait beau se secouer et hurler, l'autre serrait dur et ne bougeait mie.