Lisée, très inquiet et fort ennuyé, dut, pour obtenir la délivrance de son chien, allumer une poignée d'herbe sèche et la fourrer tout enflammée dans la gueule du sauvage.
Cependant, Miraut, délivré et plus furieux que jamais, retomba sur l'adversaire, mais en ayant bien soin d'éviter la gueule. Il le saisissait par la queue, le secouait, le tirait violemment, tandis que l'autre, qui, l'échine brisée, ne pouvait l'atteindre, lui bourrait des yeux farouches en grinçant des dents.
Lisée aussitôt mit fin aux souffrances du blessé en l'assommant d'un coup de trique.
Il y eut aussi la chasse aux blaireaux, qui, eux, ne quittent que rarement les fourrés et, moins rapides que les chiens, font tête résolument quand ils vont être saisis. Plus prudent, Miraut, en cette occurrence, ne se hasardait pas à affronter leur terrible mâchoire ; il « donnait au ferme » alors, aboyant longuement pour inviter Lisée à s'approcher ; mais, dès que le pas de l'homme retentissait, le blaireau repartait, quitte à recommencer cinquante pas plus loin et ainsi de distance en distance, jusqu'à ce qu'il eût atteint enfin son terrier, d'où l'on ne pouvait plus le dénicher.
Il y eut encore, vers la fin de la saison, au printemps suivant, la sinistre histoire avec le goupil pris au piège, que Lisée ramena vivant à la maison et qu'il relâcha ensuite dans des circonstances terribles pour le sauvage[[16]].
Quand la chasse clôtura, Lisée n'avait occis que quatre lièvres ; c'était vraiment peu pour un tel fusil ; jamais lui et Miraut n'avaient fait si mauvaise année ; aussi le gibier, l'été suivant, foisonnait-il et, pour avoir son compte tout de même, aux jours de fête ou pour quelques réunions d'amis, Lisée s'embarqua-t-il de temps à autre, le soir, histoire d'en « sonner un » à l'affût, comme il disait.
Dans ces expéditions crépusculaires, il n'emmenait jamais avec lui Miraut, dont l'aboi intempestif eût prévenu les gardes, et il faisait au contraire tout son possible pour l'enfermer alors à la maison.
Cela n'empêcha point le chien, quelques beaux soirs où ça lui disait, de filer seul ou en compagnie de Bellone faire une petite partie. La chose n'avait pas grande importance, surtout le soir, car les représentants de la loi ne poussent habituellement pas le zèle jusqu'à veiller pendant que dorment leurs concitoyens ; mais de jour, c'était plus dangereux ; aussi Lisée avait-il l'œil sur son chien.
Nonobstant toutes défenses et surveillances, il fila cependant un beau matin. Il devait « savoir » un lièvre et connaître son gîte, bien sûr, car dix minutes après il donnait à pleine gorge par le vallon de la fin dessus.
Le brigadier l'entendit. C'était un vieux forestier d'une scrupuleuse honnêteté et qui ne connaissait que le service. Droit et solide encore, malgré la cinquantaine, la moustache à la gauloise, les sourcils en broussaille, le père Martet avait été dans son jeune temps la terreur des braconniers, qu'il traquait de jour comme de nuit, sans pitié ni merci. Il pouvait se vanter d'en avoir réduit la race, car on ne pouvait guère confondre Lisée, bien qu'il tuât de temps à autre un lièvre en temps prohibé, avec les voraces qui écumaient autrefois le pays et mettaient en coupe réglée champs et forêts. Toutefois, Martet n'aimait pas entendre chasser les chiens en dehors des époques fixées, et s'il était enclin à l'indulgence envers ses compatriotes et disposé à pardonner une première faute, il laissait nettement entendre qu'en cas de récidive son devoir de fonctionnaire l'obligeait à sévir vigoureusement.