Comme il connaissait, en bon forestier, la voix de tous les chiens de son triage, il reconnut parfaitement le lancer de Miraut et vint sans délai trouver Lisée :
— Pourriez-vous me dire où est votre chien ?
Lisée n'essaya point de chercher de biais, il se gratta la tête, s'excusant :
— Je vous assure, brigadier, que ce n'est pas de ma faute. Il a fichu le camp comme ça, sans que je le voie.
— Je m'en doute bien, parbleu, il ne manquerait plus que ça que vous l'ayez envoyé ; mais il n'en est pas moins en contravention, et mon devoir est de vous déclarer procès-verbal.
— Pour la première fois ! voyons, brigadier, vous savez bien que je ne braconne pas.
— La première fois ! … La première fois ! … enfin, bon. Entre gens d'un même pays, on n'est pas pour se bouffer le nez ; vous allez partir me le chercher et faire bien attention une autre fois, parce qu'alors, la loi c'est la loi, ce sera malgré moi, vous savez, mais tant pis, le service avant tout ; mes chefs n'admettraient pas… et puis si je permettais à un, il faudrait que je permette à tous ! Non !
— Je comprends bien, approuva Lisée qui mit ses souliers dare dare et s'en fut rechercher Miraut.
Il le ramena et, pour l'empêcher de filer en sourdine, lui attacha au cou, par une corde, une grosse boule de quilles à mortaise qui lui interdisait tout galop.
Miraut la traîna patiemment deux jours, puis, un matin qu'il avait résolu de s'offrir une randonnée, il rongea la corde, abandonna la boule et s'esbigna. Lisée, à temps, heureusement s'en aperçut, le vit, partit sur ses pas, le rattrapa, le ramena et cette fois, pour plus de sûreté, lui rattacha la boule au collier avec un vieux bout de chaîne.