Il témoigna à sa fille de la sympathie, mais il serait sans doute exagéré d'attribuer la manifestation de ce sentiment à autre chose qu'à une galanterie naturelle et de vouloir penser que la vibration de la fibre paternelle y fût pour quelque chose.
Et, comme tous les jeunes chiens, Mirette grandit, rongeant quantité de pieds de chaises, d'armoires et de lits, dévorant force chaussettes, souliers et savates et poil et plume et corne et tout ce qui avait odeur ou saveur, pour sa plus grande joie, en attendant les plaisirs de l'âge adulte et la saison prochaine de chasse où, vers le milieu de décembre, elle ferait enfin ses premières armes sous les hautes directions de son père et de sa mère.
CHAPITRE II
Mirette, à l'ouverture, n'avait que quatre mois et demi ; elle était donc encore trop jeune pour prendre part aux randonnées… cynégétiques, comme disait le copain Théodule, si éreintantes du début. Dès qu'elle atteindrait ses six mois, on commencerait à la mener pour l'habituer petit à petit.
La saison de chasse s'annonçait bien, cette année-là ; le temps allait, disaient les chasseurs, et quant au gibier, c'en était tout gris. Le premier dimanche fut particulièrement fructueux : Lisée et Philomen tuèrent chacun deux oreillards, et le lendemain ils allongèrent encore chacun le leur.
Mais le mardi, à midi, Lisée qui, retenu à la maison par une besogne pressante, n'avait pu profiter de cette rosée, apprit par un voisin une nouvelle épouvantable : Philomen avait tué sa chienne.
Le camarade qui lui confia la chose et qui la tenait d'un voisin, lequel l'avait apprise d'un troisième, émettait au sujet des motifs ou des mobiles de cet acte des opinions contradictoires dont l'une au moins semblait si absurde que Lisée crut d'abord que c'était un bateau qu'on lui montait.
Suivant les uns, le chasseur, exaspéré par la mauvaise volonté persistante de la bête, lui avait, dans un accès de colère, envoyé dans les flancs tout le plomb d'une cartouche de quatre ; suivant certains autres, c'était un lièvre lancé, suivi de trop près par la chienne et tiré imprudemment, qui était cause de leur mort à tous deux ; suivant d'autres encore, la mort de Bellone était due à un accident, une chute qui avait fait partir le coup de feu juste dans la direction où elle quêtait.
Lisée, bouleversé, ne fit qu'un saut pour ainsi dire, de la Côte chez Philomen. Il trouva la petite chienne dormant sur le seuil de la porte, entourée des gosses qui pleuraient et lui disaient comme si elle eût pu les comprendre :
— Tu ne reverras plus ta maman, mais on t'aimera bien quand même.