— Miraut, petit salaud, quand tu auras fini de resiller mes savates !
— Ah ! il n'a pas fini de t'en bouffer des chaussettes et des croquenots et des tire-jus, tu veux encore entendre plus d'une chanson de ce côté-là.
— Je suis là pour répondre un peu, et puis ça lui apprendra, à la bourgeoise, à laisser tout traîner et sens dessus dessous. Quand il aura bouffé la moitié de son trousseau, peut-être qu'elle rangera le reste !
— Qu'il y vienne seulement, ta sale murie, fourrer son nez dans mon linge ! menaça la Guélotte.
Philomen sourit et Lisée ne répondit pas, mais il siffla un coup et le chien, les voyant se lever, vint tout joyeux gambader sur leurs pas.
— Allons, mon vieux Miraut, annonça Lisée, je vais te montrer ton domaine maintenant ; nous allons partir au bois faire quelques fagots. Rien de tel que l'air du bois pour vous remettre d'aplomb quand on a la grosse tête.
CHAPITRE III
— Crois-tu, confia la Guélotte à sa voisine, la grande Phémie, dès que Lisée, Miraut et Philomen furent partis, crois-tu que mon grand ivrogne m'a encore ramené une viôce à la maison !
— Y a bien pitié à toi ! concéda l'autre qui n'aimait guère que ses poules.
— Si encore on avait le moyen ! Mais nous avons déjà tant de maux de nouer les deux bouts. Doux Jésus ! Ah ! bon Dieu de bon Dieu ! et il va rechasser, reprendre des permis, des actions ; dépenser des sous à acheter de la poudre, du plomb, des fournitures de toutes sortes, et se faire repincer quand la chasse sera fermée, « pasque », j'le connais, ce grand mandrin-là, il ne pourra pas se tenir de braconner.