— Vous avez eu de la chance, que nous nous soyons trouvés là, eurent-ils le toupet de dire à Lisée. Sans nous, votre chien aurait bien pu crever où il était.

Ils racontèrent alors comment Miraut, arrêté de nouveau par son entrave et prisonnier dans un buisson, à moitié étranglé, avait attiré leur attention par ses plaintes et ses hurlements d'appel. Ils l'avaient, comme de juste, délivré, et, par la même occasion, pincé.

— Vous n'en serez aujourd'hui que pour un simple procès-verbal de vagabondage, déclarèrent-ils, touchés tout de même par cette déveine aussi persistante et enfin convaincus de la parfaite bonne foi et de l'honnêteté de Lisée.

Cette fois, à la Côte, ce fut de la démence et de la rage. La Guélotte parla de se pendre dans la grange ou de se noyer dans l'abreuvoir si la maison n'était pas débarrassée de ce fléau. Elle traita son mari de canaille, l'accusant des pires infamies, disant qu'il lui « suçait le sang à petit feu », qu'il voulait la faire mourir, qu'il était la risée du pays, que c'était une honte d'être aussi bête et bien d'autres choses encore.

— Tu vas, exigea-t-elle, écrire au notaire tout de suite et qu'il dise à son ami que Miraut est à vendre.

Lisée simula la défaite, griffonna une lettre qu'il partit immédiatement, affirma-t-il, mettre à la boîte, mais qu'il se garda bien d'envoyer, se disant qu'une fois la colère calmée et les événements un peu passés, l'autre n'y penserait plus. Cependant la Guélotte ne lâchait pas, elle s'étonnait de ne pas recevoir de réponse et Lisée, pour la faire patienter, émettait l'opinion que l'amateur était sans doute muni ou avait probablement changé d'avis à ce sujet.

Il commençait à se tranquilliser lorsqu'un beau jour, un homme du Val arriva au pays en voiture, mit son cheval à l'auberge, et demanda sa maison.

Il se présenta bientôt, et, après les salutations d'usage, aborda nettement le but de sa visite.

— On m'a dit que vous aviez un chien à vendre.

Lisée, une seconde, en demeura muet de stupeur, et il n'avait pas encore ouvert la bouche pour protester que déjà sa femme, en ses lieu et place, répondait par l'affirmative. Il se ressaisit, protesta, déclarant que, si telle avait été un instant son intention, il avait depuis réfléchi et était revenu sur une décision prise un peu trop à la légère.