— J'en donne trois cents francs tout de même, se reprit l'autre. Songez-y ! Pour un chien, c'est quelque chose.

— Lisée, supplia sa femme, changeant d'attitude et les larmes aux yeux, pour l'amour de Dieu, aie pitié de nous, aie pitié de moi ! Jamais tu ne retrouveras peut-être une telle occasion ; songe à la vache qu'il faudra vendre, dix litres de lait par jour ! Songe que ce ne serait sûrement pas tout, que les gardes t'en veulent, que les gendarmes t'épient, qu'ils nous feront tout vendre, qu'ils nous ruineront jusqu'au dernier liard.

— Vous en retrouverez un autre facilement, insista l'acheteur.

Une larme, qu'il essaya de refouler, monta aux yeux de Lisée ; il se moucha bruyamment tandis que l'autre concluait :

— Allons, topez là, et serrez-moi la main, c'est une affaire entendue. Allons boire un verre à l'auberge où j'ai laissé mon cheval.

CHAPITRE V

— Il faut au moins que vous le voyiez, afin qu'il vous connaisse déjà un peu pour partir ! Lisée va vous conduire à sa niche, proposa la Guélotte.

— Je le connais déjà, moi, répondit l'acquéreur.

Débarricadant les portes lentement, le cerveau lourd, sans penser, en homme accablé, Lisée arriva avec son compagnon à la remise où Miraut, attaché, sommeillait, son entrave au cou.

— Le voilà ! annonça-t-il en le désignant du geste.