— Il est propre, approuva le patron ; conduis-le à l'écurie, il se soulagera tant qu'il voudra.
Mais Miraut refusa obstinément de suivre la femme à l'écurie.
« Il est sans doute habitué à aller dehors pour ces affaires-là », pensa M. Pitancet, et il se disposa à l'y conduire, mais après avoir prudemment passé une laisse dans le collier de la bête.
Cela ne faisait guère l'affaire de Miraut qui comprit que, pour l'instant du moins, son truc n'était pas bon ; mais pour ne point laisser soupçonner a ses geôliers son mensonge, il se soulagea abondamment ; il pouvait toujours se soulager d'ailleurs, peu ou prou, la vessie des chiens étant inépuisable.
M. Pitancet le complimenta et le ramena devant sa soupe ; mais décidément le chagrin était trop profond, l'estomac trop contracté et Miraut, se refusant à manger, vint s'étendre sur le coussin qui lui avait été préparé, simulant le sommeil. Toutefois, il ne pouvait entendre s'ouvrir et se fermer la porte de la rue sans relever vivement la tête et écouter avec attention.
— Petite canaille ! menaça doucement et en souriant son nouveau maître, tu cherches à filer à l'anglaise ; mais sois tranquille, j'aurai l'œil et le bon !
Pour qu'il ne se sentît point trop isolé et perdu, pour l'habituer à leur présence, pour qu'il les connût et s'attachât plus vite à eux, les maîtres laissèrent dormir Miraut sur son coussin dans la salle à manger, laissant ouvertes les portes qui communiquaient avec leurs chambres respectives.
En le quittant ils le caressèrent encore et le chien, se laissant faire, les regardait de son air triste et très doux qui semblait leur dire : « Je vois bien que vous êtes de braves gens et que la juponneuse d'ici vaut mieux que la Guélotte, mais laissez-moi partir tout de même. »
Ils n'eurent garde, comme on pense, d'acquiescer à son désir.
Le lendemain, debout avant tout le monde, Miraut, seul, avait minutieusement inspecté la demeure et fait une très sévère revue des portes et fenêtres de la maison.