Une bonne soupe, un bon coussin rembourré de laine, attendaient Miraut dans la maison de M. Pitancet, au Val.

Ne voyant plus Lisée, se sentant dans un pays inconnu, dans un milieu de gens inconnus, le chien apeuré se laissa, sans résistance, détacher et descendre de la voiture par son nouveau maître qui ne lui ménagea, en cette circonstance, ni les caresses, ni les bonnes paroles. Il le suivit fort docilement dans la cuisine, puis dans la salle à manger, et dans diverses autres pièces encore, car le patron voulut lui faire faire sans tarder le tour du propriétaire afin qu'il pût prendre, dès son arrivée, l'air de la maison.

Cette précaution n'était point mauvaise. Les bêtes sont naturellement curieuses et les sensations nouvelles sont habituellement un tout-puissant dérivatif à leur chagrin. Mais Miraut différait un peu de ses congénères. Morne, flairant à peine par politesse, il fit pas à pas la revue de l'appartement et revint à la cuisine où M. Pitancet, devant sa femme qui le caressa un peu peureusement, voulut lui faire manger sa soupe.

Il l'amena devant une jatte appétissante, fleurant bon la graisse et le lait. Mais Miraut ne pensait guère à manger : il trempa le bout du nez dans le bouillon, renifla un coup, se retira d'un air dégoûté, s'essuya d'un coup de langue et regarda la porte.

— Pas de ça, mon vieux, protesta M. Pitancet. Tu voudrais filer ; tu as le mal du pays, je comprends ; mais ça passera. Allons, viens ici ; quand tu auras faim, tu mangeras : il ne faut forcer personne.

C'était l'heure du repas. Les époux se mirent à table, uniquement préoccupés du chien qu'ils trouvaient tous deux fort à leur goût, très gentil, bien élevé et qu'ils souhaitèrent voir très vite s'accoutumer à eux et à la maison. En vain essayèrent-ils de le décider à avaler quelques morceaux de pain. Miraut les laissait tomber sans y toucher ; devant les bouts de viande, son intransigeance fléchit un peu tout de même, il les avala en les mâchant.

— Allons, espéra M. Pitancet, il s'habituera. Bien nourri, bien caressé, bien dorloté, quel est celui qui n'oublierait pas ?

M. Pitancet jugeait un peu trop en homme : il ne connaissait encore guère Miraut.

Depuis qu'il avait franchi le seuil, toute l'attention du chien, tous ses désirs convergeaient sur une seule idée : sortir ; sur ce seul but : retourner à Longeverne.

Pour arriver à se faire ouvrir la porte, il simula, par la plainte accoutumée, un besoin pressant.