Le chien avait suivi d'un œil farouche le départ de l'inconnu. Il vint se jeter dans les jambes de Lisée, jappotant et se tortillant, et le chasseur put l'emmener en passant par le sentier du clos.
Mais quand on arriva en face de chez Fricot et que Miraut revit l'homme auprès de la voiture attelée, une transe nouvelle le saisit. Il comprit tout et, regardant Lisée avec des yeux pleins d'un sombre et muet reproche, refusa de nouveau obstinément de faire un pas. Le patron, pour l'amener à la voiture, dut le prendre de force dans ses bras où il se débattait et le porter comme un enfant.
Sur une brassée de paille préalablement disposée à côté du siège, Lisée déposa Miraut, tandis que le conducteur, saisissant la corde, l'attachait très court et solidement au siège d'abord, au porte-lanterne ensuite, afin que le chien ne pût ni renverser le premier, ni sauter et se tuer en cours de route en tombant malencontreusement sous les roues.
Pour qu'il ne vît point ces préparatifs et ces dispositions, Lisée durant ce temps l'entourait toujours de ses bras et l'embrassait en lui parlant.
Quand tout fut solidement arrimé, le nouveau maître, brusquant les adieux, serra la main de Lisée et fouetta vigoureusement son cheval.
Et Lisée resta là, immobile, muet, navré, sombre, désespéré, ne répondant rien aux gens qui l'interrogeaient, regardant stupidement s'éloigner et disparaître au loin cette voiture de malheur où son chien, son cher Miraut qu'il avait eu la lâcheté de vendre, hurlait ficelé et se débattait désespérément.
Cependant, à Velrans, Pépé, dont la jambe allait mieux et qui commençait à remarcher, faisait une petite promenade, se soutenant sur deux bâtons. Il suivait la route à petits pas, lentement. Entendant un bruit de voiture, il se rangea au bord de la chaussée pour la laisser passer et il vit, ahuri, un homme qu il ne connaissait point, emmenant attaché un chien qui maintenant ne criait ni ne hurlait, mais qui avait un air tragique et lugubre et tournait invinciblement la tête dans la direction de Longeverne.
— Mais c'est Miraut ! s'exclama-t-il, saisi tout à coup d'une sombre inquiétude. Qu'est-ce qui a bien pu se passer ?
Et il rentra chez lui, très agité, roulant toutes sortes de pensées, se demandant pourquoi on ne l'avait avisé de rien, tandis qu'à Longeverne Lisée, couché sur son lit, le nez au mur, fermait les yeux, la tête bourdonnante, essayant en vain de dormir pour oublier un peu son chagrin.