— Il vaut mieux, émit l'acheteur, que vous ne le caressiez pas tant.

— C'est vrai, convint Lisée, ce n'est plus le mien maintenant et je n'ai même plus le droit de l'embrasser. Emmenez-le, monsieur, emmenez-le ! ça me fait trop de peine et à lui aussi de prolonger plus longtemps les adieux.

— Si on peut être bête à ce point-là ! marmonnait la Guélotte.

Lisée lui jeta un coup d'œil terrible et elle jugea prudent de se taire immédiatement, non point tant par la crainte des coups que par l'appréhension de voir son mari revenir sur sa parole et défaire le marché.

On sortit. Mais, comme l'avait prévu Lisée, Miraut refusa obstinément d'avancer. Campé sur les quatre pattes, le cou tendu, il résistait de tous les muscles de sa poitrine, de tous les tendons de ses jarrets, de tous les ligaments de ses vertèbres, de toutes les griffes de ses pattes fichées violemment en terre.

— Allez, charogne ! grogna la Guélotte en le poussant par derrière.

Il résista de plus belle, le fessier cintré, suffoquant et crachant parce que le collier l'étranglait de l'autre côté.

— Je vous prierai de me l'amener jusqu'à la voiture, demanda M. Pitancet ; pour qu'il n'ait pas peur et ne se doute pas trop, je prendrai par la route du village et vous par le verger.

Résigné à boire jusqu'à la lie le calice, Lisée reprit en main la laisse, tandis que l'acheteur, à grands pas, s'éloignait.

— Viens, mon petit Miraut ! appela-t-il.