Qu'allait-il lui arriver ? Il n'en savait rien encore, mais il craignait quelque chose de pire que la prison et de pire que les coups. Il craignait : la crainte, dans certains cas, est plus cruelle que le malheur lui-même ; elle faisait pour l'heure battre à grands coups le cœur du chien.
— Viens, mon petit, viens ! appela d'un air aimable M. Pitancet ; viens près de moi, voyons !
Et il lui tapotait le crâne tandis que Lisée détournait la tête pour cacher son émotion.
— Grand imbécile ! ricana sa femme. Tu ne ferais pas tant de grimaces pour moi ! Ce n'est qu'un chien !
Cependant, M. Pitancet, ayant détaché Miraut, lui tendait un bout de fromage, pour bien faire connaissance, affirmait-il ; ensuite de quoi il le caressa de nouveau, le cajola, le câlina, le gratta sous les oreilles et sous le cou, l'invitant à le suivre au dehors :
— Viens, mon petit !
Mais Miraut résolument tirait du côté de Lisée, le regardant de ses yeux agrandis et désespérés, et pleurant et suppliant à petits abois tendres et tristes.
Le chasseur ne résista pas : il s'accroupit devant le chien et longuement l'embrassa et lui parla :
— Il le faut, mon pauvre vieux, résignons-nous !
La résignation est une vertu chrétienne et n'était pas le fait de Miraut qui enfonçait plus que jamais son nez dans le gilet de chasse de son ami et de sa patte le grattait à vif partout où il trouvait un pouce carré de chair.