Ils se promenèrent côte à côte, mais du premier coup d'œil Miraut avait bien vu que ceci était encore une épreuve et qu'à la moindre velléité de fuite il serait poursuivi et peut-être cerné et rattrapé.

Aussi, dominant son désir de fausser compagnie à son gardien, il resta auprès de lui, obéit docilement, s'éloigna aussi peu qu'il le voulut, revint au premier appel lui lécher la main et continua deux jours cette comédie.

Elle réussit parfaitement et, un après-midi, deux heures environ après la promenade, comme Miraut, simulant un besoin de pisser, demandait la porte, elle lui fut ouverte sans façons.

Il en profita pour rôder comme un flâneur autour de la maison, mais pressentant que, par un dernier reste de méfiance, on l'épiait peut-être, il vint se coucher sur le seuil et ferma les yeux.

Sa maîtresse qui vint pour le chercher, l'ayant aperçu dans cette posture, rentra aussitôt annoncer la chose à son mari, et lui affirmer :

— Maintenant, c'est bien le nôtre, et il ne pense plus à Longeverne.

Cinq minutes après, il filait sans hésitation aucune, reprenant tout droit le chemin de son village.

Il ne suivit aucune route, aucune voie, aucun sentier ; il n'essaya point de se remémorer, pour le reprendre à rebours, le trajet suivi par la voiture lors de sa venue, non, il alla le nez au vent, sûr de son fait, sûr de sa direction, tantôt au trot, tantôt au galop, jamais au pas, guidé par son flair souverain.

Lisée n'avait pu dormir la nuit du jour où partit Miraut. C'était un homme accablé : un de ses parents serait mort qu'il n'en aurait pas été plus triste. C'est que le chasseur, sans enfants et n'ayant point à se louer du caractère de sa femme, perpétuelle ronchonneuse, avait de tout temps reporté sur les bêtes, et particulièrement sur ses chiens qui le lui rendaient bien, toute l'affection dont il était capable. Miraut était pour lui comme un dernier né, un Benjamin chéri pour toutes sortes de raisons, d'abord pour la difficulté éprouvée à le faire admettre au logis, puis pour ses qualités personnelles extrêmement rares et précieuses, enfin pour la gloire qu'il lui avait value, pour la réputation qu'il lui avait faite et aussi pour cette affection que, par réciprocité, le chien lui avait vouée lui aussi.

Sans l'avoir dit, il comptait bien le revoir, il était étonné qu'il ne se fût pas déjà évadé et se demandait, avec une pointe de jalousie, si une bête tant aimée pouvait vraiment l'oublier si vite.