— Viens, Miraut ! répéta Lisée en frappant son genou de la main, geste qui lui était familier pour appeler son compagnon de chasse.

Miraut ne pouvait plus douter.

Allongeant comme un fou, de toute sa longueur et jappotant, et pleurant, et riant, il arriva aux pieds de Lisée et s'y roula, lui lécha les souliers, les genoux, les mains, lui sauta au visage, lui peigna la barbe, lui parlant, ne sachant comment faire, comment se tordre et battre du fouet assez vite pour lui dire toute sa joie, tout son bonheur.

Et pour compléter cette joie, pour affirmer cette reprise, pour sceller cette réconciliation, voici que Philomen et Pépé et le gros apparurent encore, devisant joyeusement dans le sentier du clos.

Pépé avait mis leur ami dans le secret, lui avait annoncé la volonté de Lisée de garder le chien et d'en rembourser le prix au richard du Val qui ne reparaissait pas. Tout à l'heure, ils lui avaient écrit une lettre tapée où, entre autres choses plus ou moins dures, Lisée disait que Miraut était à bout, prêt à crever, qu'il serait lâche et criminel de laisser mourir une si bonne bête, que le chien et lui ne pouvaient se passer l'un de l'autre, que c'était folie de croire que Miraut pourrait s'habituer à un autre maître, que l'expérience des derniers jours le prouvait mieux que n'importe quoi et que, dans le courant de la semaine, lui, Lisée, irait reporter à M. Pitancet les trois cents francs que ce dernier lui avait remis comme prix de Miraut.

Le chien naturellement les reconnut tous et leur fit fête à eux aussi, mais il revint de nouveau à son maître.

— Pauvre vieux ! il crève de faim ! Dire que j'ai pu le laisser jeûner si longtemps : viens manger, mon petit. Asseyez-vous un instant, vous autres, demanda-t-il à ses amis.

Et il prépara immédiatement au chien qui le suivait comme son ombre, ne le quittait pas d'une semelle, ne cessait de lui japper, de lui miauler des mots d'amitié, une bonne, plantureuse et réconfortante gamelle de soupe.

Miraut était tellement content que, malgré sa misère, il y toucha à peine d'abord, trempant le nez, avalant une goulée, puis regardant de nouveau son maître comme s'il eût craint encore qu'il ne l'abandonnât.

— N'aie pas peur, mon beau, n'aie pas peur ! rassurait Lisée. C'est fini maintenant, nous ne nous quitterons plus.