Et pour qu'il arrivât à manger sa pâtée, il dut délaisser quelques instants ses amis et rester à côté de lui à lui parler et à le caresser, à lui faire des discours et des protestations, jusqu'à ce qu'il eût fini.

Les trois témoins étaient très émus.

— Entrez, mes vieux, entrez donc, invita Lisée, nous allons boire une bouteille. Ce ne serait pas la peine si un jour comme aujourd'hui on ne buvait pas au moins un bon coup.

— Ce n'est pas de sitôt qu'il repartira maintenant chasser tout seul, annonça Pépé en désignant Miraut. Cette aventure-là, mon ami, aura eu du moins l'avantage de l'assagir et de le corriger de ce défaut qui n'en serait pas un sans les gardes et les cognes. Tu verras, prédit-il, que maintenant il ne te lâchera plus : après une pareille secousse, tu pourras aller avec lui n'importe où, à la foire ou ailleurs, il ne risquera pas de se perdre.

On entra au poêle et Lisée, après avoir prié ses amis de s'asseoir, apporta sur la table du pain, des couteaux, des verres et une assiette de gruyère ; ensuite il descendit à la cave, toujours suivi du chien, et en remonta d'abord deux bouteilles poussiéreuses.

— Coupez du pain, et prenez du fromage, invita t-il.

Ils ne se firent point prier, et l'on causa de tout ce qui les intéressait, tandis que Miraut, les deux pattes sur la cuisse de Lisée, le mufle humide, les yeux langoureux, écoutait gravement ses amis deviser et mangeait de temps à autre des bouts de pain et des couennes de fromage.

On parla des foins qui poussaient drus, des fruits qui nouaient bien, de la moisson qui s'annonçait belle ; on parla du gibier qui pullulait dans le pays, des compagnies de perdreaux qu'on connaissait, des nids de gelinottes qu'on savait et des lièvres surtout, des lièvres que tout le monde voyait.

— C'en est tout « roussot », affirmait Philomen, et ce n'est pas malin à comprendre : on en a tué si peu l'année dernière. Il n'y a guère que Lisée qui ait fait à peu près une chasse convenable, mais toi, Pépé, avec ta quille en morceaux, tu n'as rien pu faire et le gros non plus, et moi, ça me faisait saigner le cœur d'aller à la chasse, parce que, chaque fois, cela me faisait penser à ma pauvre Bellone.

— Cet automne nous ferons tous ensemble l'ouverture, proposa Pépé ; le gros viendra coucher la veille et on la fera sur Velrans. C'est moi qui ai amodié la chasse communale, et comme je suis le seul fusil, il y a encore plus de gibier là-bas que sur Longeverne et sur Rocfontaine.