Il est deux séries de mots que les jeunes chiens saisissent extrêmement vite : ceux qui servent à les appeler à la pâtée, ceux qui les invitent à prendre leurs ébats au dehors. Ces mots correspondent à la satisfaction des deux grands besoins primordiaux des jeunes bêtes domestiquées : la nourriture et le mouvement. Tous leurs instincts sont donc perpétuellement tendus vers l'accomplissement des actes qui sont liés à ces deux fonctions. Plus tard, avec d'autres besoins, naissent d'autres aptitudes, et Miraut, en particulier, arriva à ouvrir toutes portes non verrouillées, mais il se refusa obstinément à apprendre à les fermer. D'ailleurs, dans la maison de sa mère, peut-être grâce à ses leçons, avait-il déjà appris à reconnaître, parmi le bafouillage humain, les syllabes magiques qui présagent la venue de la gamelle de soupe ou qui donnent la clef des champs.
Lisée n'en fut pas moins attendri de cette marque d'intelligence qui lui permettait de fonder sur les aptitudes de son chien les plus belles espérances.
Il décida qu'on prendrait la ruelle jusqu'au centre du village et que, de là, on suivrait dans toute sa longueur la voie principale, de façon que le chien pût avoir une idée d'ensemble du pays qu'il allait habiter.
Il ouvrit donc la porte, mais cela ne devait pas marcher tout seul.
Dès que Miraut, en coup de vent, se fut précipité dans la cour, toutes les poules, effarées de cet être qu'elles n'attendaient point, s'enfuirent et s'envolèrent à grands cris et grands fracas, tandis que le coq, les plumes hérissées, la crête au vent, piaillait des roc-cô-dê ! menaçants et furieux, tout en se retirant, lui aussi, avec prudence.
Miraut, un peu étonné de tout ce vacarme qui l'enchantait et de ce mouvement de retraite qui l'encourageait, allait peut-être transformer en offensive vigoureuse son élan en avant, lorsqu'un mot du maître, haussant le ton, le rappela à lui :
— Ici ! Veux-tu bien !… petit polisson ! Faut laisser les poules tranquilles ! Allons, viens ici !
Comprenant qu'il avait peut-être fauté, Miraut, quêtant un pardon et une caresse, vint se dresser contre les genoux de Lisée, puis, absous d'une chiquenaude amicale, repartit aussitôt.
Un petit bâton sollicita son attention : il s'en saisit et, en travers de sa gueule, la tête haute, le porta fièrement jusqu'à la première bouse de vache, pour laquelle il l'abandonna sans hésiter.
— Sale ! petit sale ! veux-tu bien lâcher ça ! gronda Lisée.