Et il sortit du village et prit à travers champs le sentier de la forêt, devancé par Miraut qui écartait toutes les mottes, s'arrêtait à tous les bouts de bois, et suivi de Bellone, qui, elle, le regardait un peu craintivement, à la dérobée, craignant qu'il ne la renvoyât à la maison.

Comme on était encore dans le temps de la chasse et que les travaux des semailles empêchaient Philomen de profiter pour l'heure de son permis, il la laissa les accompagner, se disant qu'après tout ça habituerait déjà un peu son chien et que ça commencerait son dressage.

Cependant, Miraut continuait à trotter, flairant les taupinières, puis revenait à toute allure se jeter dans les jambes de son maître, qu'il mordillait de ses jeunes dents.

Ce fut ensuite à Bellone qu'il s'en prit, lui sautant à la gorge, à la gueule, aux pattes, la faisant trébucher, tandis que la bonne bête, un peu agacée, mais comprenant bien qu'il faut que jeunesse se passe, le laissait faire quand même tout en grognant de temps à autre.

Enfin, quand elle en eut assez, comme elle ne voulait point le mordre, pour le faire cesser elle prit carrément le galop. Le jeune toutou voulut la suivre et prit son élan derrière elle, mais il n'était pas encore de taille à affronter à la course une bête aussi rapide et aussi bien découplée. Au bout d'un instant, il se retourna pour voir si Lisée, lui aussi, n'avait point pris le pas de charge ; mais, placide et la pipe aux dents, le braconnier, les yeux rêveurs, s'en venait de son égale et tranquille allure.

Alors, Miraut, éloigné de tous deux et ne sachant plus auquel aller, se mit à aboyer plaintivement puis avec fureur des deux côtés, tandis que son maître, riant de son indécision et de sa colère, le rappelait à lui d'un geste et d'un mot amicaux.

— Viens ici, viens ! petit imbécile !

Un dernier coup d'œil à la chienne qui gagnait la lisière du bois, quêtant déjà, le nez à terre, un dernier aboi rageur à l'adresse de cette lâcheuse, et oublieux et déjà ragaillardi, Miraut revint lécher la main pendante du patron.

On arriva à la coupe.

Le petit chien, marchant dans les foulées de son maître, s'empêtra si bien dans les branches et les rameaux qu'il en hurla de colère et que Lisée dut le prendre dans ses bras pour le transporter jusqu'à l'endroit où il se proposait de fagoter, à quelque douzaine de mètres de la lisière. Il le déposa sur le sol et Miraut attendit, pensant qu'on allait jouer ; mais dès qu'il vit que le maître ne s'occupait qu'à prendre, sans même les lui donner à mordre, les rameaux demi-secs à la longue file alignée par les bûcherons après l'abatage du printemps, le jeune animal s'ennuya. À plusieurs reprises il revint mordiller les jambes de Lisée, mais, voyant que celui-ci ne prêtait nulle attention à ses avances et qu'il n'arrivait à aucun résultat, il se résolut, par ses propres moyens, à regagner les champs.