Au bout de quelques minutes, et après avoir savamment louvoyé entre les brandes, il y parvint et charma ses loisirs en attaquant les taupinières. Le fret des taupes, facile à suivre, et l'odeur montant par les couloirs souterrains l'induisaient à des explorations hardies, éveillaient son instinct de chasse, excitaient sa juvénile ardeur.
De la patte et de la gueule, reniflant et grattant et mordant, il eut bientôt fait de creuser un trou d'un bon demi-pied de profondeur. De temps en temps, plongeant son nez dans le boyau ouvert, il reniflait plus bruyamment et même aboyait, puis, la taupe épouvantée fuyant, fret et odeur s'évanouissaient, et il abandonnait sa taupinée pour en attaquer une nouvelle.
Lisée, en liant ses fagots, le regardait faire, tout joyeux. Miraut était dans la vraie tradition. C'est ainsi que commencent la plupart des jeunes toutous. Ils courent d'abord après les oiseaux et veulent déterrer les taupes ; plus tard, quand ils sont de bonne race, ils abandonnent vite ce gibier-là pour en courir un autre. Et le chasseur, de loin, excitait en riant et en ricanant son compagnon :
— Allez ! attrape-le, le « boussot » [[7]] !
— Comment, tu ne l'as pas encore ?
— Oh ! oh ! tu lances déjà, mon gaillard, y a du bon, alors, y a du pied !
Pourtant, lorsque Miraut eut bien gratté, qu'il eut la truffe tout à fait noire et la gueule pleine de terre, il s'ennuya de ces vaines poursuites et de ce travail inutile et, fatigué, regagna le bois.
Derrière un fagot l'abritant du vent, il découvrit la blouse et le tricot de son maître et, jugeant dans sa bonne petite jugeote de bête que, comme matelas, ça valait sans doute mieux que la terre humide, sans hésitation il se coucha en rond dessus et s'endormit du sommeil de l'innocence.
— Sacré petit voyou, s'écria Lisée en venant, au moment de partir, le retrouver dans cette position, il est déjà roublard comme père et mère. Attends, mon vieux, la patronne, elle t'en baillera des blouses et des tricots pour te coucher dessus.
Et, tout attendri par cette évocation et aussi par cet acte d'intelligence, il embrassa son brave chien sur le crâne et l'emmena vers la maison.