Tout de même, ne se jugeant pas suffisamment vengée, elle ajouta :

— Il y restera dans sa saleté avec ses cercles de tonneaux et ses vieux balais, il y couchera : ce n'est pas moi qui la lui nettoierai, sa niche, à ce dégoûtant-là.

— C'est bon, c'est bon, calma Lisée d'un ton conciliant.

Mais Miraut jouait déjà avec Mitis, le jeune matou à qui il prenait les puces, tandis que le chat, renversé sous son gros mufle, s'agitait des quatre pattes pour le repousser sans lui faire de mal et se mettre enfin debout.

Le maître les sépara en montrant au chien sa gamelle fumante. Avec bruit, Miraut lapa sa soupe, une soupe claire dont l'eau chaude était l'unique bouillon, puis, non rassasié, vint tourner autour de la table, guettant les morceaux de pain, les débris de légumes, les couennes de lard ou les os que le maître voudrait bien jeter.

— Qu'est-ce qu'il « allure », ce goinfre-là ? ronchonna la Guélotte, il n'est donc jamais content ?

Le chien l'évitait, mais par contre, enhardi par les petits mots d'amitié et les caresses du patron, il s'en venait doucement poser son museau sur la cuisse de Lisée, puis de la patte lui grattait le genou en ayant l'air de dire : « Hé ! ne m'oublie pas ! »

Tant qu'on lui donna, il resta ainsi, mais quand le braconnier eut cessé de partager avec lui et lui eut signifié, en se frottant les mains devant son nez, qu'il n'avait plus rien à attendre, il se remit à fureter par tous les coins de la pièce, puis, finalement, s'affaissa sur le ventre et resta tranquille.

On n'y prit garde, mais quand, à la fin du repas, étonné qu'il eût été si calme, la Guélotte se leva pour débarrasser la table, elle constata que le chien, bavant de joie, la gueule tordue, les yeux mi-clos de volupté, tenait entre ses pattes de devant un soulier qu'il mastiquait consciencieusement.

Elle jeta un cri de rage et se précipita sur lui :