— Miséricorde ! Mes souliers du dimanche ! râla-t-elle.
La moitié de l'empeigne était percée comme une écumoire et de petits morceaux manquaient.
— C'est les dents qui le tracassent, essaya de dire Lisée pour l'excuser.
Mais Miraut hurlait déjà sous la trique dont la femme s'était armée pour le rosser, tandis que son mari, derrière qui il s'était réfugié, parant les coups comme il pouvait, essayait de calmer sa conjointe, très ennuyé pour excuser ce délit domestique qui se traduisait par un débit chez le cordonnier.
À la fin, tout de même, il se fâcha et il y eut entre les deux époux une scène terrible au cours de laquelle la Guélotte jura entre autres choses qu'elle s'en irait si ce salaud-là n'était pas fichu à la porte séance tenante.
Devant l'attitude froide et le calme de Lisée qui lui demanda, goguenard, où elle pourrait bien aller traîner ses viandes, elle en rabattit un peu de ses prétentions et exigea seulement, comme punition, que le chien fût emprisonné tout l'après-midi à la remise.
Immédiatement, on reconduisit à la paille Miraut qui se remit à hurler de toutes ses forces, après avoir en vain flairé les portes.
De guerre lasse, il se coucha jusqu'à l'instant où, mû par son farouche instinct de liberté, il entreprit une nouvelle et minutieuse inspection des ouvertures de sa prison.
La remise donnait en arrière sur l'écurie. Dans la porte de communication, une chatière avec battant refermant le trou avait été ouverte. Mique, la chatte, pour qui elle avait été faite, selon qu'elle entrait ou sortait, poussait le battant de la tête ou l'écartait de la patte afin de dégager l'ouverture par laquelle elle se glissait.
Ce fut à cette planchette, qui joignait moins bien que les encoignures et laissait filtrer des odeurs complexes, que Miraut, explorant et reniflant, s'arrêta. Le battant, poussé par son nez, remua. Le chien y mit la patte, il se balança, s'écartant un peu, laissant entrevoir un coin de l'écurie.