Spectacle nouveau, extraordinaire, mystérieux, partant plein d'attraits. Miraut écarta autant qu'il put la planchette et engagea la tête dans le trou : son émotion grandit, mais le battant qui tendait toujours à se rabattre lui pesait sur le cou et le gênait. Immédiatement, il le mordit à belles dents et tira de toutes ses forces. Comme il n'était suspendu à un clou rouillé que par une méchante ficelle, il céda bientôt et le chien, fort surpris, alla tout d'un coup rouler sur son derrière. Il en fut légèrement estomaqué, mais ne s'arrêta pas longtemps à chercher les causes de cette catastrophe, l'ouverture libre le sollicitant trop vivement.
Miraut put voir l'écurie avec les vaches alignées le long de la crèche où elles étaient attachées, les vaches qui le regardaient de leurs grands yeux stupides, mais ne meuglèrent point, et toutes sortes d'autres choses plus ou moins inconnues dont les émanations puissantes l'intriguèrent extrêmement.
Ah ! passer par ce trou !
Il essaya, engageant la tête, le cou et le haut du poitrail, mais il ne put aller plus loin.
Cependant, la tentation était trop forte ; il passerait. Et à grands coups de dents, il se mit à mordre, à ronger, à briser afin d'élargir l'ouverture. Il rongea, rongea et rongea tant que, s'allongeant comme une couleuvre, il put enfin passer. Ah ! quelles odeurs ! et comme il reniflait à narines dilatées ces parfums composites : fumiers divers, senteurs de vaches, fumet de volailles, et qu'est-ce qui pouvait bien remuer là-bas, tout au fond, dans cette prison à claire-voie ?
Oh ! oh ! Ceci sentait meilleur encore que tout le reste. Une bande de lapins, ahuris, le regardaient fixement de leurs yeux ronds à reflets rouges.
Prudemment, il avança le nez contre le treillis, étonné et soupçonneux, craignant peut-être une morsure de ces êtres bizarres qu'il ne connaissait point.
Un vieux mâle, furieux sans doute de cet examen prolongé, frappa violemment d'une patte de derrière sur le sol. Cela claqua un coup sec et Miraut qui eut peur, faisant un bond prodigieux en arrière, alla étourdiment buter contre les jambes d'une vache. Celle-ci, surprise et effrayée à son tour, lui décocha instantanément un coup de pied et la frousse et la douleur arrachèrent au chien un aboi sonore. Alors les lapins, épouvantés également, se mirent tous en chœur et, comme s'ils eussent été pris d'une subite folie, à sauter dans la cage, et à tourner en rond, et à taper du pied, et à se bousculer et se mordre en poussant des piaillements suraigus.
Devant une telle sarabande, oubliant sa souffrance, Miraut réaccourut, puissamment intrigué, excité par tout ce tintouin dont il cherchait les causes, sautant d'un côté, sautant d'un autre, selon le mouvement de ces bêtes à longues oreilles, émerveillé peu à peu, donnant de la voix timidement d'abord, puis à pleine gorge, royalement heureux, l'œil brillant, arrondi, salivant de joie, prêt à sauter sur le premier qui sortirait, approchant de la cage, se reculant, faisant au gré de son caprice sauter, tourner et volter les lapins comme une bande de fous, tandis que les bœufs regardaient tout cela en meuglant.
Les poules, qui étaient déjà rentrées, s'envolèrent du perchoir dans la crèche et sur le dos des vaches, ne sachant où se fourrer ; le coq, enflant les ailes, se mit à pousser des roc-co-co, co-co-dê ! furibards, et Miraut, qui ne savait plus auquel entendre ni courir, s'imaginant que tous ces êtres, en bons camarades, voulaient bien jouer avec lui, était heureux, et sautait et ressautait, et jappait, jappait comme s'il eût eu véritablement trois lièvres devant lui. Une poule, qui lui tomba sur le derrière dans l'affolement de la fuite, reçut un instinctif et prompt coup de mâchoire qui l'allongea net sur le carreau. Elle se mit à piauler, sans pouvoir se relever, tandis que toutes les autres bêtes de l'écurie, chacune en son langage, criaient à qui mieux mieux.