La Guélotte chercha une éponge et posa son poêlon sur le feu ; mais au moment où elle jetait le beurre dedans pour le faire chauffer, Lisée rentra inopinément.

— Tiens, tiens, tiens ! s'exclama-t-il. Il paraît qu'on fait des frichetis quand je ne suis pas là, on se soigne. Ça ne m'étonne plus que tu te portes bien ! Qu'est-ce que vous êtes encore en train de fricoter vous deux ?

— Regarde donc ce que ta rosse m'a fait, répliqua sa femme, et tu iras voir la porte de ton écurie et la tête de mes lapins.

— Dis-moi un peu ce que tu allais faire cuire ! Il me semble que ça ne t'empêche pas de te soigner, sacrée gourmande, le mal que peut te faire mon chien. Ah ! fichtre non ! tout pour la gueule ! Eh bien, répondras-tu ? Tu dois être contente, tu en auras du fricot, tu ne savais pas ce que tu voulais manger avec ton pain. En voilà de la pitance ! — Et toi, continua-t-il, s'adressant à la grande Phémie, tu vas me faire le plaisir de foutre ton camp ; je commence à en avoir assez de tes histoires de brigand et de tes cancans de vieille bique.

Là-dessus, furieux, Lisée alla détacher Miraut, marmonnant en lui-même :

— Si on la laissait sortir aussi, cette bête, elle ne ferait pas de sottises !

La Guélotte qui, pour un empire, n'aurait voulu avouer ce qu'elle allait faire cuire, ravala sa rage en silence ; puis, craignant que son homme ne se doutât de quelque chose, elle cacha l'éponge avec soin et, toujours sans mot dire, vaqua jusqu'au soir aux travaux du ménage.

Elle n'exigea point que Miraut fût conduit à la remise pour la nuit et le laissa dormir en paix dans la chambre du poêle. Pour elle, triste et sombre et comme résignée à son malheur, elle tricota des bas au coin du feu et ne monta se reposer à la chambre haute que bien après que Lisée se fut lui-même couché et quand elle se fut assurée qu'il dormait profondément.

CHAPITRE VII

Sa femme était déjà debout quand Lisée sauta du lit, le lendemain matin.