— Je voudrais bien voir ça, qu'il ne les mangeât pas, reprit la femme qui s'excitait ; eh bien ! s'il les laisse, il pourra se brosser pour avoir de la soupe demain matin.
Miraut, en entendant un choc sur le plancher, était accouru immédiatement et, ayant saisi un os voracement, s'apprêtait à le croquer, mais, comme dégoûté, il le laissa tomber presque aussitôt.
— L'avais-je pas prédit ? cria Lisée triomphant.
— Je lui achèterai des gigots, à ta charogne !
Cependant, Miraut, qui était toujours affamé, était revenu aux osselets, les flairait de nouveau, les léchait, puis se décidait à les ronger et à les avaler.
— Ah ah ! ricana la femme à son tour, il ne voulait pas y toucher, qu'est-ce qu'il fait donc maintenant ?
— C'est drôle, s'étonna Lisée ; c'est bien la première fois que je vois un chien de chasse manger des os de volaille, un chien de race surtout, il doit y avoir quelque chose de plus. Ah ! s'exclama-t-il au bout d'un instant, j'y suis. Mais oui, c'est parce qu'il reste de la sauce blanche autour des os qu'il se décide à les lécher et à y mordre. C'est égal, j'aurais préféré qu'il n'y touchât pas.
— Ton chien de race ! pure porcelaine ; donné de confiance. Belle race, ma foi ! Ça fera une jolie cagne : un sale bâtard de chien que tu t'es laissé enfiler par tes ivrognes d'amis. De propres amis que tu as !
— Assez ! coupa Lisée, n'autorisant pas les calomnies. Tu gueules parce que ce chien t'a, par malheur, tué une poule et tu l'habitues à en manger. C'est à moi que tu viendras te plaindre si jamais il tord le cou à une deuxième.
— Si jamais il ose recommencer, menaça la Guélotte, je te jure bien que je l'assommerai à coups de trique.