Le quatrième matin, des griffes et des pattes, dans le mystère et le silence, il réussit, on ne sut jamais comment, à s'en dépêtrer enfin. Lisée, allant le prendre à sa remise, trouva dans un coin la poule intacte, aussi éloignée que possible du chien, qui jetait des regards inquiets tantôt sur elle et tantôt sur son maître.

Après qu'il se fut bien rendu compte qu'il n'y avait point mordu, le chasseur, revenu près de Miraut, se laissa enfin émouvoir par le pauvre toutou, qui se leva hésitant et, timidement, se hasarda à lécher les grosses mains rudes pendant le long des cuisses sur le pantalon de droguet.

— Tu tâcheras de recommencer, proféra-t-il fortement, mais sans colère ni menace, en désignant la géline d'un index sévère.

Et ce fut ainsi que la paix fut faite entre Lisée et Miraut et que ce dernier fut radicalement corrigé de la sotte manie de courir la poule, gibier qui était en effet bien indigne du nez fameux du célèbre chien de chasse qu'il devait être un jour.

CHAPITRE X

C'était un soir calme de fin d'automne. La nuit, à grands pas, venait, noircissant par degrés la chape bleue du ciel qui s'étoilait lentement. Pas un souffle de vent ne troublait la tiédeur enveloppante ; les fumées montaient calmes des cheminées, formant sur les carapaces bigarrées des toitures un léger manteau vaporeux. Les clarines tintaient joyeuses au cou des vaches qui rentraient des champs et marchaient d'une vive allure vers l'abreuvoir ; le marteau du forgeron Martin sonnait par intervalles sur l'enclume argentine, et tous ces bruits formaient une rumeur paisible et chantante qui était comme la respiration vigoureuse ou la saine émanation sonore du village.

Point trop las de sa journée, les deux jambes de part et d'autre de l'enclume à « chapeler » les faux, fixée dans le vieux tronc de poirier sur lequel il était assis à califourchon, Lisée le chasseur, Lisée le braco, rêvait en fumant sa pipe. Plus fatigué, lui, d'une longue randonnée en plein champ, Miraut s'était gravement assis sur son derrière, et, impassible et clignant des yeux par moments, regardait son maître, tirant d'énormes bouffées de son éternel brûle-gueule.

Un pas sonna dans le sentier de l'enclos, et le chien, le reconnaissant pour celui d'un familier, se leva aussitôt, frétillant et aimable, pour saluer, en lui sautant à la poitrine et en lui léchant les mains, l'ami Philomen, maître de Bellone.

— Salut, ma vieille branche ! s'exclama Lisée.

— Je suis venu en bourrer une près de toi, histoire d'attendre le moment de la soupe, expliqua Philomen en choisissant pour siège le bout équarri d'une grosse poutre noircie par les intempéries et qui servait de banc rustique.