— Oui, la première fois que le chien s'est approché de l'auge, où il barbotait, pour le flairer, il lui a « pouffé » et reniflé au nez comme un grossier qu'il est, et Miraut, qui est une bête polie, ne lui pardonnera pas de sitôt ; après tout, ça n'a pas d'importance, mais nous allons boire un litre. Kalaie, mon vieux, je sais que tu n'accepterais pas de sous et je ne t'en offre pas, mais, ma parole, tu viens de me rendre un sacré service. Tu ne peux pas refuser de trinquer avec nous à l'auberge ; malgré que nous ne soyons pas, en politique, du même bord, ça n'empêche que tu es un bon bougre et que je serais vexé si tu n'entrais pas prendre un verre et revoir ton malade quand tu passeras à Longeverne.
— C'est rien, c'est rien, affirmait Kalaie. C'est des petits services qu'on se doit entre pays.
On s'en fut à l'auberge où, la politique aidant, d'un litre on en but plusieurs, ensuite de quoi Pépé voulut qu'on allât chez lui goûter sa vendange et puis Kalaie exigea qu'on fît une troisième pause dans sa maison pour juger de la qualité de la sienne, si bien que ce ne fut qu'assez tard que les trois compères, parfaitement d'accord et amis comme cochons, se séparèrent, saouls comme des Polonais. La joie entrait, disons-le tout de suite à sa décharge, pour une bonne part dans la cuite magistrale de Lisée.
À Longeverne, cependant, la Guélotte, anxieuse, énervée comme au premier soir, attendait le retour de son homme, espérant bien que le chien, nonobstant remèdes et sorcelleries, serait enfin crevé.
Elle pâlit de male rage en voyant, absolument comme l'autre fois, son mari, plein comme un boudin, ramener, plus gaillard que jamais, le petit chien qui, affamé par la marche, vint sans tarder flairer toutes les gamelles et toutes les marmites de la cuisine.
— Tas de cochons ! mâchonna-t-elle. Ah ! ce qui ne vaut rien ne risque rien. Je n'ai jamais eu de chance dans ma vie.
Et sans rien ajouter, sombrement rageuse, laissant l'homme et le chien se débrouiller comme ils l'entendraient, elle monta seule se coucher à la chambre du dessus.
Lisée, pour se venger, prépara aussitôt à Miraut une soupe plantureuse et magnifique dans la confection de laquelle il ne ménagea ni la graisse ni le pain. Puis, jugeant que, pour un convalescent, ce n'était peut-être pas suffisant, il ouvrit le buffet où il découvrit un bout de lard d'une bonne demi-livre mis en réserve par sa femme pour le repas du lendemain.
— Tiens, s'exclama-t-il en le jetant à Miraut, mange-le, mon petit : ça lui apprendra, à la vieille, à faire la gueule ! C'est elle qui fera maigre demain.