Kalaie, paysan aisé et rieur, examina le chien, auquel il fit dresser aussitôt un petit matelas sous le poêle de la cuisine ; ensuite il offrit la goutte aux deux visiteurs et parla de la pluie et du beau temps et des semailles et des engrais et de la politique.

Étant bon catholique et pratiquant, il n'était pas d'accord avec Lisée, mais ce n'était point une raison pour mal soigner Miraut qui, lui, n'était pas socialiste ni réactionnaire et n'avait pas, heureusement, d'opinions touchant la Séparation des Églises et de l'État.

La discussion fut donc courtoise ; on tomba d'accord sur un point : que tous les députés et sénateurs, radicaux comme cléricaux, n'étaient que des menteurs et des fripouilles, et sur cette conclusion qui marquait leur bon sens et leur rectitude d'esprit, on se sépara en se serrant la main.

— Tu viendras le chercher dans neuf jours, fixa Kalaie, et tu n'auras pas besoin de prendre une voiture pour l'emmener : il pourra marcher tout seul, je te le promets.

Lisée, plein de craintes et d'espérances, retourna à Longeverne, où la semaine lui parut démesurément longue.

Soit que l'éruption cutanée eût été un heureux dérivatif, soit en effet que le remède de Kalaie fût vraiment souverain, au bout de la huitaine Miraut était guéri ; il se levait, marchait, mangeait ; l'œil redevenait limpide, vif et joyeux ; le poil se relustrait, l'appétit reprenait.

— Tu n'as qu'à lui faire boulotter de bonnes soupes et, avant quinze jours, il sera gras comme un cochon, affirma Kalaie à Lisée et à Pépé.

— À propos, comment va Caffot ? s'inquiéta ce dernier. Tu ne m'as jamais reparlé de ton goret.

— Il va bien, très bien, comme un bon Siam qu'il est : pourvu qu'il bouffe, il est content. Cependant, je ne crois pas que Miraut sympathise jamais avec lui.

— Ah !