Violemment, à coups de savate, elle te le balaya, comme elle disait, de son plancher, espérant qu'elle en serait pour tout de bon débarrassée bientôt.

Il ne faisait pas froid, ce jour-là, heureusement, et la rentrée du braconnier provoqua la rentrée du chien.

Cependant, Lisée se désespérait. Il passait de longues heures à côté de son Miraut, lui prenant la tête dans les mains, le caressant, le recouvrant d'un vieux tricot, le bordant comme un gosse, lui desserrant les mâchoires pour le contraindre à avaler quelques gorgées de lait ou quelques bouchées de viande que la pauvre bête, souvent, revomissait presque aussitôt.

Mais ni soins ni remèdes n'agissaient. Il n'y a rien à faire contre la maladie ! La maladie, mot vague et indéfini comme les troubles qu'elle provoque ! D'où vient-elle ? on ne sait pas. Comment la guérit-on ? On ne sait pas non plus. Les vétérinaires, médicastres ou potards ont bien inventé des sirops, fabriqué des pilules, composé des poudres, mais tout ça, c'est de la foutaise dont le plus clair résultat est de faire passer les écus de votre profonde dans leur escarcelle. Autant croire sur ce point les paysans et les bracos qui se sont livrés, au sujet de ce mal mystérieux, aux suppositions les plus baroques, aux conjectures les plus bizarres. D'après les uns, ce serait un ver qui produirait ces troubles, un ver que nul n'a vu et qui tiendrait ses diaboliques assises non point dans l'estomac, mais au bout de la queue. Il s'agit de l'extraire, de l'extraire sans danger pour la bête, et là est le hic ! Pour d'autres, la maladie, c'est le sang qui mue ( ?). Comment ? pourquoi ? Mystère. Enfin, d'aucuns veulent encore que ce soit simplement de la bronchite ; mais affection de la moelle épinière, crise de croissance ou bronchite, nul n'a jamais été capable d'indiquer une cause précise ni de fixer un remède.

Miraut filait un mauvais coton, semblait-il, quand un jour, un Velrans qui passait par là et qui le vit conseilla à Lisée de le conduire immédiatement à son compatriote Kalaie, lequel était possesseur du « secret » pour guérir les chiens de la maladie.

En ce moment, la peau de Miraut présentait par endroits des taches roussâtres, se boutonnait, devenait pustuleuse et croutelevée, tellement, disait la Guélotte, que c'était une dégoûtation de garder une pareille charogne dans la chambre du poêle.

Le Velrans insista.

Kalaie ne demandait rien pour sa peine : il gardait le chien une huitaine, le soignait dans le plus grand mystère et, au bout de ce temps, vous le rendait parfaitement guéri. C'était un secret, un secret qu'il tenait de son grand-père, lequel reboutait aussi les entorses et arrêtait les dartres, et qui se perpétuait dans la famille.

Pas plus que les autres paysans qui connaissent d'autres secrets pour d'autres guérisons, pourvu qu'on ait la foi, il ne consentait à le confier à personne et ne demandait pas qu'on lui amenât des bêtes ; mais il n'avait jamais refusé d'en soigner une et — ceci faisait partie sans doute des règles à observer pour obtenir la guérison — ne voulait jamais, jamais, en aucun cas, accepter d'argent comme rétribution.

L'après-midi même, Lisée attela Cadi à la voiture de Philomen et conduisit Miraut à Velrans. Il alla remiser le cheval dans l'écurie de Pépé, qui lui confirma les dires du voyageur, et tous deux menèrent Miraut chez le miraculeux guérisseur.