Lisée, depuis longtemps, avait convenu avec Philomen qu'ils partiraient le lendemain chacun de son côté, afin de tenir à peu près tout le terrain de la commune, et qu'ils se retrouveraient, vers les huit heures et demie, un peu plus tôt ou un peu plus tard, selon les hasards de la chasse, à la tranchée sommière du Fays pour « faire » ensemble ce bois important et se poster aux bons passages.
Le soir, il prépara à Miraut une bonne soupe épaisse et substantielle, car le lendemain avant le départ, il ne voulait lui donner que quelques croûtes insignifiantes, un chien courant étant réputé, à juste raison d'ailleurs, chasser avec plus d'entrain et d'intérêt quand il n'a pas le ventre plein. Ce fait, il se coucha et s'endormit paisiblement, certain comme un vieux soldat de se réveiller à l'heure qu'il s'était fixée.
Et en effet, à trois heures et demie, le lendemain matin, il était debout. Il s'habilla, chaussa ses brodequins soigneusement graissés, mit ses houzeaux, endossa sa vieille veste à grandes poches, boucla sa cartouchière sur ses reins, mit tremper un bout de sucre dans une goutte de marc pour avaler au moment du départ et, tandis que chauffait son « jus » sur la lampe à alcool, il alla ouvrir à Miraut.
Les deux amis se firent fête en se retrouvant : petits mots d'amitié et abois tendres, caresses de la main et coups de pattes cordiaux ; Miraut même essuya d'un large revers de langue la joue droite et le nez de son maître.
— Le coup de « patte à relaver[[13]] », l'excusa celui-ci en s'essuyant de la manche, un sourire d'indulgence aux yeux.
Et tout en buvant et mangeant, il envoya à Miraut, qui les attrapait au vol, quelques tranches de pain qu'il avalait sans les mâcher. Là-dessus, heureux comme des rois, ils sortirent et, bien avant que le soleil ne fût levé, arrivèrent au haut des Cotards où ils voulaient commencer.
C'était un bon matin. Un temps calme, une rosée suffisante laissaient un fret abondant aux endroits où le gibier avait passé.
Dès qu'on longea le mur de la coupe, Miraut, renonçant à son jeu favori qui consistait à lever la cuisse à toutes les mottes et à toutes les bornes, se mit à quêter avec ardeur. Bientôt il rencontra un fret, trouva une rentrée, s'engouffra dans le taillis, et le reste ne fut pas long à venir.
Cinq minutes plus tard, le lièvre déboulé filait par les sentiers et les tranchées du bois avec le chien à ses trousses.
— Il va monter, songeait Lisée posté au haut du crêt à cinquante mètres du mur d'enceinte, ils montent toujours.