Mais le capucin ne monta point et, zigzaguant ainsi qu'un levraut, s'en alla faire au loin, toujours en restant sous bois, un crochet assez grand.
Cependant, la chasse marchait à un train d'enfer. Le chien, sans doute, serrait de près son gibier, et Lisée, qui connaissait à peu près tous les trucs des oreillards, jugea rapidement : « Il va sortir au sentier de Bêche qu'il remontera et Miraut va me le ramener par le chemin de la pâture. » En hâte, il se porta vivement à ce poste afin d'arriver assez tôt, car dans ces cas-là il est préférable d'arriver dix minutes d'avance que cinq secondes trop tard.
Le braconnier avait eu bon nez de courir.
Il n'y avait pas une minute qu'il était là, au bord du chemin de terre, devant un buisson avec lequel il se confondait, lorsqu'il vit l'oreillard s'amener, bride abattue, les oreilles basses, allongeant de toute sa taille, ventre à terre littéralement.
— Un beau coup de fusil ! jugea-t-il.
Rien de plus simple qu'un tir en pointe, ni de plus sûr pour un chasseur exercé. Lisée, en amateur, jouissait intensément du court instant qui le séparait du dénouement de cette chasse. Le lièvre arrivait à une allure fantastique, et lui, immobile, la crosse à l'épaule, la tête légèrement inclinée, attendait calmement qu'il fût à portée.
Au point strictement repéré d'avance, à trente mètres, pas un de plus, ce qui eût compromis l'efficacité du tir, pas un de moins (c'eût été un assassinat !), il pressa la détente de sa gâchette droite.
Le coup retentit puissamment dans le calme du matin et l'oreillard, lancé comme un bolide, vint bouler cul par-dessus tête à quinze ou vingt pas du chasseur.
Miraut, qui sortait du bois et arrivait au haut du sentier, fut étonné de ce coup de tonnerre formidable et s'arrêta net une minute pour écouter, car ce bruit terrible venait de la direction suivie par son lièvre. Il sentit qu'il devait y avoir du Lisée dans cette aventure et n'en douta plus l'instant d'après quand il distingua la voix de son maître le hélant à pleins poumons :
— Tia, Miraut, tia, par ici ! tia, mon petit !