Sans lâcher la voie chaude du lièvre, il reprit sa poursuite en donnant à pleine gueule lui aussi et arriva bientôt sur le lieu du drame, devant Lisée dont le fusil fumait encore, un Lisée riant d'un large rire et qui du doigt lui désignait à terre un cadavre roux, allongé, saignant par les narines, sur lequel le chien se rua sans tarder et avec frénésie.

— Tout beau, tout beau ! mon petit, calma le chasseur. Ne le déchire pas. Allons ! doucement, doucement !

Alors, sans haine aucune, comme s'il eût caressé Mitis ou Moute, Miraut lécha doucement et longuement sa victime morte et la puça même d'avant en arrière et d'arrière en avant. Puis, excité sans doute par l'odeur du sang, il renifla le ventre et ouvrit la gueule pour y aller de son franc coup de dent.

Lissée jugea que c'était suffisant et, lui reprenant bien vite le capucin, il commença par le faire pisser en lui pressant sur la vessie et puis le mit immédiatement et sans façons dans la grande poche-carnier de sa veste de chasse.

Toutefois, pour que Miraut n'eût pas couru pour rien et pour l'encourager à continuer, il lui coupa successivement, à la dernière jointure, les quatre pattes du lièvre et les lui jeta une à une.

Elles disparurent comme une bouchée de pain, poil et os, et griffes, et viande, et Miraut attendait encore tandis que Lisée le félicitait, tout heureux.

— Hein, nous voilà dépucelé ! mon vieux Mimi.

Comme l'autre, insensible aux discours, attendait toujours, il voulut lui jeter un bout de pain et un morceau de sucre qui furent profondément dédaignés.

— Ah ! il faut de la viande à monsieur, maintenant ! T'es pas dégoûté, mon salaud, marmonna le chasseur en ramassant les provisions auxquelles son chien n'avait pas voulu mordre. Attends un petit peu, mon vieux, tu les mangeras bien tout à l'heure.

Et la chasse continua.