Les deux amis se sourirent.

— Eh bien ! est-ce qu'on sait encore le coup ?

— Où l'as-tu rasé ?

Et les deux confrères en saint Hubert se narrèrent avec force détails les péripéties de leur chasse du matin tout en cassant la croûte et en buvant un verre.

Bellone et Miraut, très sérieux, s'étaient simplement salués en se léchant réciproquement les babines qui fleuraient bon le lièvre tué. Assis tous deux sur les jarrets, devant les maîtres qui devisaient et contaient leurs exploits récents, ils suivaient attentivement des yeux tous les mouvements de leurs doigts et de leurs mâchoires, attendant, pour les attraper au vol, les morceaux de pain et de fromage qu'ils lançaient d'instant en instant et fort équitablement tantôt à l'un, tantôt à l'autre.

Ensuite de quoi, tous se levèrent et l'on partit faire le grand bois.

Il y eut deux lancers et l'on fit deux chasses au Fays, deux belles chasses menées tambour battant par ces bonnes bêtes et au cours desquelles Lisée eut la chance d'occuper un bon passage et d'en occire encore un vers les dix heures.

Comme il se faisait tard, que le soleil tapait dur et que les chiens commençaient à donner des signes de fatigue, on revint vers le pays en traversant les pommes de terre du finage où l'on eut l'occasion de lâcher quelques fructueux coups de fusil sur les perdreaux et sur les cailles.

— Y vas-tu demain ? interrogea Lisée.

— J'te crois, répondit Philomen. La première semaine, c'est mes vacances, il faut que je sois bien pressé d'ouvrage pour que je ne la prenne pas tout entière.