— Mon vieux, reprit Lisée, j'y songe : j'ai promis au gros et à l'ami Pépé de leur faire manger le premier lièvre que Miraut me ferait zigouiller. Dimanche, ce sera l'instant ou jamais ; naturellement, tu en es. Si tu es d'avis, je vais leur envoyer deux mots ; le matin, nous ferons la partie tous en chœur et à midi nous boirons un bon coup pour fêter le baptême du citoyen Miraut. Pépé viendrait nous prendre ici, on donnerait rendez-vous au gros à un endroit bien fixé et nous tiendrions les prés-bois et les coupes d'Ormont ; avec quatre chiens comme les nôtres, ça pourra faire une belle musique.

— C'est entendu, approuva Philomen ; j'apporterai quatre litres de ma vendange de l'an passé : elle est fameuse.

De fait, le jour même, Lisée adressait au gros de Rocfontaine une missive ainsi libellée :

Longeverne, le 1er septembre 18…

« Mon vieux,

« Miraut est un fameux chien ; ce matin il m'en a fait tuer deux. Je compte que tu viendras dimanche, comme ça a été entendu, goûter de mon civet et fêter son dépucelage. Pépé en sera et aussi Philomen. Rendez-vous à la croisée du Blue, à cinq heures du matin au plus tard. On tiendra Ormont où c'est tout gris de lièvres.

« Je te la serre de bien bon cœur,

« LISÉE. »

Si quelques paysans, lorsqu'ils ont à écrire, s'embrouillent et se perdent dans de longues phrases : Je vous écris pour vous dire que j'aurais voulu vous dire…, Lisée n'était pas de ceux-là. N'ayant pas d'instruction, il se vantait d'écrire comme il parlait. Aussi, comme il n'était pas bavard, ses lettres étaient-elles toujours d'une brièveté et d'une concision admirables.

Pépé, lui, fut prévenu, par un voisin allant au chef-lieu, qu'on l'attendait sans faute chez Lisée à quatre heures du matin pour une partie soignée, et il n'eut garde de manquer au rendez-vous.