Miraut, si bien découplé qu'il fût, ne put longtemps le suivre à vue, car le courte-queue, qui n'ignorait sans doute rien de l'homme et de ses coups de fusil, avait grand soin, pour se défiler, de profiter de tous les abris et de tous les couverts utilisables. Au bout de cinq minutes de ce train d'enfer, l'aboi du chien était à plus d'un kilomètre derrière lui… il avait le temps.

Le capucin fit des pointes, des doublés, des crochets, puis, après un raisonnable détour, suffisamment long pour dérouter un moins habile que son poursuivant, il redescendit l'un des chemins qui menait au bas du Fays, à la croisée de toutes les voies où ces imbéciles d'humains venaient généralement attendre ses congénères, mais où il se gardait bien de jamais passer.

Dès qu'il arriva à deux ou trois portées de fusil de ce poste dangereux, il s'arrêta, s'assit sur son derrière, tourna les oreilles dans la direction des quatre vents, pissa un coup, ressauta au bois, fila vers le haut des jeunes coupes et disparut.

Lorsque Miraut, qui n'avait point perdu de temps aux doublés du citoyen, arriva quelques instants après, qu'il eut repris la piste coupée et l'eut suivie jusqu'au haut des jeunes coupes, hors du fossé du bois, il trouva quelques pointes qu'il ne suivit pas selon sa vieille tactique, mais il tourna tout alentour de l'endroit pour retrouver la bonne piste et ne trouva rien. Il raccourcit le diamètre de son cercle : rien encore ; il le doubla : toujours rien ; il suivit l'une après l'autre toutes les pistes, plus le fret. Alors, ahuri et furieux, Miraut jappa, gueula, brailla, hurla comme jamais il n'avait fait, et Lisée, étonné grandement, vint le rejoindre, ahuri lui aussi de voir pour la première fois en défaut ce chien admirable, cette maîtresse bête, ce nez extraordinaire, ce roublard des roublards.

Il n'y avait point de buisson dans la plaine et la coupe, récemment nettoyée, était tondue comme un champ d'éteules. Le chien et l'homme longèrent des deux côtés le mur d'enceinte, pierre à pierre, abri par abri ; ils visitèrent le pied de tous les arbres qui demeuraient : baliveaux, chablis, modernes, anciens ; rien, rien, rien ! Ils s'en allèrent bredouilles.

Deux jours après, Miraut vint relancer son animal que Lisée cette fois attendit sur le chemin où il était passé le premier jour, mais l'oreillard en prit un autre et vint se faire perdre, tout comme l'avant-veille, au même endroit.

Deux jours après, cela recommença.

— Ne te bute donc pas, disait Philomen à Lisée qui lui proposait de l'accompagner dans sa chasse à ce phénomène unique en son genre. Je le connais, ce salaud-là, c'est-à-dire que je n'ai jamais pu le voir, mais je l'ai chassé, on ne lui peut rien.

Lisée s'entêta. Et chaque matin qu'il eut de libre, ils retournèrent, lui et Miraut.

À la fin, dès le lancer, il monta à ce poste extraordinaire afin d'en avoir le cœur net. Ce jour-là, le lièvre, qui était assez vieux pour ne pas se fier seulement à son oreille, mais qui savait aussi sans doute voir un peu et renifler, approcha bien de la coupe, mais il n'y entra point et alla se perdre loin, loin, très loin, au tonnerre de Dieu, comme disait le chasseur.