Et toute la saison ils s'acharnèrent, lui et Miraut, à poursuivre ce lièvre fantôme, ce capucin sorcier que personne n'avait jamais pu joindre ni voir, qui crevait les chiens les plus forts et roulait les meilleurs. Mais chaque fois que Lisée montait en haut de la coupe, le lièvre n'y venait pas, et chaque fois qu'il se postait ailleurs, Miraut, hurlant de rage et fou, l'œil hors de l'orbite, le poil hérissé, venait le perdre là et s'en retournait la tête basse et la queue entre les pattes, malade de dépit et de fureur, vers son maître Lisée qui sacrait bien de toute sa gorge comme un bon braco qu'il était, mais n'y pouvait rien tout de même.

Enfin un jour de février, la chasse étant close depuis une quinzaine et lui n'ayant pas son fusil, Lisée, à deux cents pas de l'endroit, caché derrière un gros chêne, eut la clef de l'énigme.

Le cœur tapant d'émotion, il vit son oreillard sauter du bois, faire ses doublés et ses pointes, revenir à son centre d'opérations et d'un seul saut bondir en l'air, d'un élan fou, comme s'il escaladait le ciel pour retomber… Ah ! çà ! — la coupe était nette — où donc était-il retombé ? Lisée, de derrière son arbre, écarquillait les quinquets : le lièvre avait disparu.

Celle-ci, par exemple, elle était forte !

Miraut, en râlant de rage, car ce n'étaient plus des abois qu'il poussait, arriva juste à pic pour se trouver nez à nez avec son maître. Celui-ci, sûr — ou presque — de n'avoir pas eu la berlue, et blême d'émoi, regardait de nouveau par tout le sol, examinant méthodiquement chaque pouce de terrain où son gibier aurait pu se trouver.

Ce devait être au pied de cette souche. Mais non, rien ; il fallait qu'il se fût envolé dans le ciel. Lisée, le braco, Lisée le mécréant, pâlit presque et trembla un peu ; ses regards, instinctivement, quittèrent le sol pour interroger l'azur et… ah ! sacré nom de Dieu !…

Au sommet de la vieille souche nourrie, dédaignée par les bûcherons, à quatre ou cinq pieds au-dessus du sol, entre quelques rejets gris comme le dos du capucin qui se fondait entièrement avec eux, son « asticot », aplati, immobile, les oreilles rabattues, sans souffle, n'émettant aucune odeur et, bon Dieu ! aussi souche que la souche elle-même.

Que de fois le braconnier, son fusil à la main, avait passé à un pas de lui, inspectant le pied de la souche sans songer le moins du monde à regarder dessus : on dit tant que les lièvres ne font pas leur nid sur les saules.

— Ça t'apprendra, idiot, rageait-il, à sortir sans ton flîngot sous ta blouse !

Il ramassa un rondin pour en asséner un coup sur le râble de l'oreillard ; mais l'autre, qui n'avait jamais bronché les fois d'avant, ce jour-là, avant que Lisée eût levé le bras… frrrrt… se détendit comme un ressort, repartit d'un train d'enfer avec Miraut à ses trousses, Miraut qui le chassa tout le reste de la journée, mais ne le ramena point et ne rentra pas non plus de la nuit.