Ils liront les Tropes de M. du Marsais, ouvrage très-philosophique de Grammaire & de Rhétorique ; la Préface de la Traduction de l’Orateur de Ciceron, par l’Abbé Collin, qui suffit pour les préceptes ; le Traité des Etudes de Rollin, & ils en suivroient les pratiques ; les Livres de M. de Fénelon sur l’Eloquence ; le Cours de Belles-Lettres de l’Abbé le Batteux ; les Réflexions de l’Abbé Dubos ; les Réflexions & Remarques de Gillet ; la Prosodie de M. l’Abbé Dolivet, &c.
J’ajoute une réflexion sur le goût des Lettres, indépendamment des Langues. Cette fleur de littérature est utile à toute personne qui veut cultiver son esprit ; elle ne s’acquiert que dans la jeunesse, & elle manque à tous ceux qui n’ont pas été bien élevés, qui ont mal lu, ou qui n’ont pas lu avec attention les bons modeles.
C’est peut-être l’Atticisme des Grecs, l’Urbanité Romaine & le goût François ; Quintilien l’appelle une teinture d’érudition puisée dans le commerce des personnes instruites : Sumptam ex conversatione Doctorum tacitam eruditionem[i].
On reconnoît aisément si un homme a l’esprit cultivé, à sa façon de s’exprimer, de juger, de parler, d’écrire : souvent une allusion, la citation d’un vers connu, annonce la culture de l’esprit, & on distingue facilement l’homme qui a vécu dans la compagnie des bons Auteurs, comme dans le monde, celui qui a vécu dans la bonne compagnie.
Après ces observations, est-il tolérable d’entendre demander par des ignorans, ou par des imbéciles, ce que feroient des enfans, si on ne les occupoit pas, soir & matin, de thêmes, de particules, de prosodies, des vers grecs & latins, d’amplifications, de figures de rhétorique.
[ Opérations & exercices du second âge. ]
Les opérations de cet âge, relatives à la littérature françoise & latine, seroient, outre celles que j’ai marquées, quelques compositions que je vais indiquer.
Mais j’observerai auparavant une chose essentielle & des plus importantes dans toute l’éducation ; c’est de ne jamais faire faire à de jeunes-gens aucune composition, que sur des sujets dont ils aient auparavant une connoissance suffisante ; ce seroit les faire travailler dans le vuide, les accoutumer à parler sans idées, à s’exprimer par des lieux communs, à employer beaucoup de paroles pour dire peu de chose ; ce qui leur gâte l’esprit & leur corrompt le goût pour toute la vie.
Ainsi je voudrois proscrire entiérement ces amplifications puériles, ces amas de figures de commande, ces paraphrases où l’on dit en dix vers, ce qu’Horace ou Boileau ont dit en quatre.
Quelles peuvent être les idées d’un jeune-homme à qui on donne pour sujet d’amplification, la harangue de César à ses Soldats dans les champs de Pharsale : il ne connoît ni César, ni Pompée, ni les Romains, ni les intérêts, ni la force, ni la foiblesse des deux partis. Le Régent qui ose se mettre à la place de César, ou lui prêter des sentimens, ne le connoît pas mieux. Il ne peut sortir d’un fonds si mal préparé, que des fruits mauvais & sans goût.