--Vous, monsieur Duguay? reprit le corsaire étonné.
--Entendons-nous, vieux: pour moi, non; mais pour mon neveu, Paul Kerval, et au nom de toute sa famille.
Le capitaine demeura un instant sans voix. Cette proposition, ainsi faite, passant par une telle bouche, avait une gravité qui le dominait. Il comprenait que le bonheur de sa fille était sérieusement en cause, et que des scrupules personnels seraient mal venus à compromettre un si brillant avenir. A la demande de Duguay-Trouin, il n'opposa donc d'abord que le silence.
Celui-ci reprit alors:
--Eh bien, Martin, qu'as-tu donc? est-ce que tu hésites? Le corsaire sentit qu'une prompte explication était nécessaire. Contenant son émotion, il répondit:
--Mon commandant, vous m'apportez là mon bâton de maréchal, le rêve de ma vie, et pourtant je sais forcé de vous refuser. Ma fille n'a point de dot.
--Qu'importe? Kerval est riche!
--Raison de plus: pour relever le nom d'un pêcheur, ma fille avait besoin d'une fortune; elle ne l'a plus; son père, en dissipateur, la lui a gaspillée.
En disant ceci, le corsaire roulait une larme dans ses yeux.
--Martin, dit Duguay-Trouin, insistant.