--Enfant, dit Éléonore, où avez-vous la tête?
--Mais oui, on l'assure, répliqua Paul.
--Taisez-vous donc, méchant! ajouta la baronne. C'est bien vilain, ce que vous dites-là, monsieur.
A l'appui de ces mots résonna un second bruit qui frappa Granpré de stupeur. Sa figure garda l'immobilité d'une tête de Méduse; son teint, naturellement pâle, devint d'une blancheur de marbre: on eût dit une statue; pas un mouvement, pas un geste ne trahissait ses impressions, et pourtant il était impossible de ne pas distinguer un grand combat intérieur sous cette enveloppe inanimée. Chaque muscle semblait crispé, chaque fibre émue; l'œil était fixe, mais brillant, la bouche contractée, la narine ouverte. Il écoutait toujours.
--Serez-vous plus sage une autre fois? disait Éléonore. Quels soupçons injurieux!
--Dame! c'est un bruit, répliqua Paul.
--Fi donc, monsieur! Est-ce que vous seriez jaloux, par hasard?
Après quelques secondes d'hésitation, Granpré comprit qu'il fallait prendre un parti. Au lieu d'aller droit vers les interlocuteurs et de paraître en Jupiter tonnant sur le lieu de la scène, il revint sur ses pas avec une infinité de précautions, calculant sa marche de manière à n'être point aperçu.
--C'est dans l'ordre, se disait-il tout bas. Madame la baronne est femme de précaution; il lui faut des rechanges. Loi du talion, voilà tout: soyons philosophe.
En achevant ces mots, il regagna le vestibule et ouvrit la porte avec bruit pour attirer l'attention des valets. L'un d'eux arriva et parut fort surpris de voir l'homme d'affaires à cette heure. On appela la femme de chambre de confiance, qui prit les devants pour aller annoncer cette visite inattendue. Granpré ne parut pas s'inquiéter de ce mouvement et de ces embarras; il se dirigea avec une tranquillité parfaite vers la pièce où était Éléonore; il la trouva seule. Il s'y attendait, fit son entrée le plus naturellement du monde, et, se parant de son plus aimable sourire: