— Y en a très bon mousso, moussié !

Puis elle ira attendre dans quelque coin ombreux à proximité de votre case que vous ayez mené à bonne fin votre amoureuse entreprise. Car il s’agit de toucher sa part sur les cent sous ou les trois francs dont vous allez récompenser le zèle de la bailleuse de volupté qu’elle vient de vous présenter. Au pays noir, c’est un usage consacré. Ces dames dichotomisent à la façon de nos grands chirurgiens. Seulement, il y a cette différence essentielle que ce n’est pas l’opérateur qui reçoit l’argent, mais bien l’opérée.

Je vois que vous allez me demander : « A quelle race appartiennent plus particulièrement les garbos ? » A toutes, monsieur. Car aucune race ne se peut prévaloir de l’honneur de fournir seule à l’homme ces dispensatrices de plaisir qui font à la fois de leur corps un trottoir roulant et une tirelire (tirelire que nous appellerons, si vous le voulez bien, le tronc des riches). L’hétaïre vient de partout, fleurit partout. Ne l’observons-nous point en Europe et ne pouvons-nous dire en toute sûreté :

Celle qui vend l’amour ne peut se rattacher qu’à un groupe ethnique : l’humanité.

CHAPITRE VI
Des intermédiaires.

Est-ce parce que l’amour est aveugle ? Il est d’expérience courante et d’observation journalière qu’il lui faut un guide qui dirige ses pas maladroits vers l’objet aimé, le mette en rapport avec lui, aplanisse les difficultés de la route, et finalement le fasse toucher au but. En amour comme en affaires, on ne peut que difficilement se passer d’intermédiaire. Dans l’antiquité, cet intermédiaire était représenté par la nourrice traditionnelle chargée du service des postes et télégraphes entre sa jeune maîtresse et ses galants. En Espagne, c’est la duègne. Dans le théâtre de Molière, ce sont les valets et les femmes d’intrigue. Enfin, il existe un intermédiaire plus répandu et plus à la portée de tout le monde, auquel on a donné le nom malsonnant d’entremetteur. Et pourtant, ce nom est encore un euphémisme. Car, lorsqu’il s’agit d’amours vénales, le personnage assez peu considéré dont nous parlons est désigné dans l’opinion populaire par un terme devant lequel ne reculent ni Rabelais ni Mathurin Régnier, mais que je n’infligerai certes pas aux oreilles de mes lectrices. Qu’il me suffise de dire que ce terme, emprunté au vocabulaire de la pisciculture, exprime une profondeur vraiment sous-marine de mépris.

J’ai une réelle peine à constater qu’en pays nègre, c’est à cette classe justement honnie et grossièrement baptisée qu’appartiennent les intermédiaires d’amour. Ici, pas de nourrices, pas de confidents et, d’une manière générale, pas de femmes pour tenir le rôle. D’où cette première observation d’ordre général :

Dans les amours d’Afrique, l’intermédiaire est toujours un homme.

Certainement cela est fâcheux pour la pudeur des belles défaillantes. Mais on comprendra combien vite se calme cette pudeur, si l’on songe que l’intermédiaire en question est généralement pour elles l’ami le plus intime, auquel elles ne cachent rien de leurs équipées, qui les provoque même et en tient un compte des mieux ordonné. Il est, d’ailleurs, d’une discrétion exemplaire qui garantit expressément le succès de son exploitation. Avec son profond instinct de dissimulation, ce Noir comprend qu’en amour plus qu’ailleurs, la langue est la pire et la meilleure des choses.

C’est le plus souvent un boy, votre propre boy.