Ah ! pour moi, quel honneur !
Ah ! pour moi, quel honneur !
Et les femmes noires, demanderez-vous peut-être, sont-elles sujettes à la jalousie ? Répondons par un axiome :
Bien loin de craindre des rivales, les négresses les recherchent et vivent avec elles dans la meilleure intelligence.
C’est ainsi qu’un mari qui n’a qu’une seule femme verra celle-ci le supplier sans cesse d’en prendre au moins une autre. Son travail journalier se trouvera diminué d’autant. Elle aura moins de peine à faire le couscous. Quant aux bonnes grâces du seigneur et maître, elle n’y tient guère, c’est un servage de plus, dont elle ne retire ni honneur, ni tendresse, ni plaisir, et dont elle souhaite ardemment se voir soulagée.
« Jamais de partage ! » déclarent nos femmes d’Europe avec des regards indignés.
« Vive le partage ! » clament en chœur leurs sœurs noires.
Chez les Sérères du N’Diankin et du Dioba, les femmes stériles achètent elles-mêmes une jeune remplaçante à l’usage de leur mari. Elles l’épousent, ou du moins accomplissent vis-à-vis d’elles les formalités du mariage, et payent une dot à leurs parents. La nouvelle venue dans la case devient alors leur amie, leur plus fidèle compagne. D’ailleurs, de manière générale, le Noir craint tellement l’effort, qu’il s’arrange toujours pour avoir un suppléant, un aide, un secrétaire. Qui n’a pas son secrétaire en pays noir ? Le boy, le cuisinier, le tire-panka lui-même finissent par en dénicher un, auquel ils confient le plus dur de leur besogne. Tel est le rôle imparti à la nouvelle épouse qu’une femme de couleur procure à son mari. Elle devient la secrétaire de l’ancienne, la petite secrétaire des amours, si j’ose m’exprimer ainsi.
Dans la vie d’une case, il n’y a jamais ni rivalité ni jalousie entre les épouses d’un même homme. Elles s’entendent toujours fort bien, et la plus parfaite discipline règne entre elles. Si elles sont nombreuses, elles se rangent généralement en deux clans, mais c’est toujours pour des raisons d’ordre extérieur et, comme on dit, pour des histoires de femmes. On ne pourrait découvrir de jalousie amoureuse au fond de ces scissions d’ensemble. Ce qui fait que les batailles de dames sont toujours des batailles rangées.
Et voilà pour les maris africains, malgré le grand nombre de leurs épouses, une source de tranquillité et de liberté que les maris d’Europe leur envieront toujours en vain.