Le très grand nombre des Européens se contente d’une seule épouse noire. Mais la polygamie est contagieuse. Sous l’influence provocante des ambiances, on voit d’exigeants gaillards orner leur intérieur de deux ou trois de ces bronzes vivants. Un colon de Mopti s’est acquis une légitime réputation dans la région de la Bouche du Niger, en affrontant le chiffre fatidique de sept. Moins pusillanime que Barbe-Bleue, il ne songe à en supprimer aucune. La case familiale ne manque pas d’originalité à l’heure du coucher, et elle eût, à coup sûr, attendri feu M. Piot, apôtre de la repopulation, avec ses sept grandes nattes réservées aux mères et les seize petites servant de couches aux enfants.

Le colon polygame ne se montre pas moins bon père que vigoureux époux. Il est plein d’attentions de tout genre pour sa nichée et se garde bien de l’oublier, même dans les rares occasions où il vient un peu respirer l’air de France. Un jour, à la veille de reprendre à Bordeaux le paquebot qui devait le ramener vers son grouillant bercail nigérien, une gentille pensée lui vint : « Si je rapportais un cadeau utile à mes aînés ? » Il y avait tout naturellement des « Nouvelles Galeries » dans la ville. Notre homme s’y rendit et déclara à l’accorte vendeuse en robe noire :

— Je voudrais quatre costumes marins pour mes enfants. Donnez-moi la taille de garçonnets de six ans.

— Vous voulez dire, monsieur, les tailles entre six et dix ans, rectifia la nymphe du rayon.

— Non, non, je connais bien l’âge de mes fils, allez : six ans tous les quatre.

— Mais, monsieur, c’est impossible… songez donc. Leur mère n’a pas pu…

L’acheteur partit d’un rire triomphant :

— Ah ! c’est vrai ! Vous ne pouvez comprendre. C’est que je vais vous dire, mademoiselle, j’ai sept femmes, vous entendez, sept !

La vendeuse reconnut sans peine que c’était un joli chiffre. Eh bien ! croiriez-vous qu’il n’arrive pas, ce chiffre, à contenter le bouillant, l’insatiable, l’indémontable colon. Voilà qui nous prouve mieux que tout combien l’homme est difficile à satisfaire ici-bas. Un jour, l’époux à la septième puissance m’a confié d’un ton grave et pénétré :

— Si je vous disais que, malgré mon sérail, il me manque quelque chose.