—Quand partez-vous?

Ces interrogations successives, dont la dernière devait me blesser, ne prouvaient que son extrême surexcitation.

Je me crus généreux, en me montrant brave, et je répondis:

—Vous savez, mademoiselle, que mon prompt départ dépend de vous seule et que demain…

Elle interrompit:

—Ah! demain, c'est demain! je puis mourir cette nuit! A tout hasard, vous auriez mieux fait de partir; on vous eût écrit: revenez ou restez loin!

—Je suis prêt à partir, s'il vous est plus facile de me répondre par une lettre.

—Écrire, moi! pas plus en prose qu'en vers! Je sais bien que miss Sharp a un fort beau style, qu'elle pourrait écrire pour moi… Non, puisque vous n'êtes pas parti, tant pis pour vous!

Elle fit un geste de la main; je voulus la saisir; elle se recula; me lança un regard dont il me fut impossible de saisir le sens, sinon qu'elle me défendait d'insister, et elle alla à sa grand'mère, dont elle prit le bras qu'elle assujettit sous le sien.

Elles passèrent devant moi, l'aïeule fatiguée, penchant la tête et secouant, non pas une bénédiction, ce qui eût été trop solennel pour cette aïeule profane, mais un «au revoir, monsieur Louis,» tendre, maternel; Reine, les yeux baissés, se raidissant, se comprimant, me saluant à peine d'un battement des cils.