Je ne songeai pas à me lever de mon banc, à courir au-devant de Gaston.
Une stupeur étrange me clouait sur place.

Je ne me rappelle plus si je calculai qu'un esclandre de ma part ne punirait pas assez Gaston.

Je sais que j'avais tout ensemble des idées confuses qui m'obstruaient le cerveau et des idées claires, brutales qui traversaient cette confusion.

Peut-être bien que je me dis que je devais laisser faire cette tentative, pour que la présomption lâche de Gaston fût démontrée. Il savait probablement que j'étais dans le jardin. Il avait dû frapper à la porte de ma chambre, et, convaincu que je faisais le guet, bien que j'eusse affirmé que je ne le ferais pas, il venait me donner la comédie qu'il m'avait promise.

Il en serait pour sa méchante action, pour son mensonge infâme. Il ne saurait pas tout de suite que j'étais là; je ne lui servirais pas à trouver le moyen de masquer sa défaite.

N'avais-je pas donné ma parole de ne pas crier au voleur? Je ne crierais pas; le voleur serait volé. Il aurait sa honte complète.

Je saisis à deux mains le banc de pierre, pour m'y retenir, m'y incruster, et, le cœur battant d'une rage que je croyais bien n'être que de l'indignation, faisant aller mes yeux avides, de la fenêtre de Reine à Gaston qui s'avançait doucement, j'attendis.

Arrivé sous le balcon de la bibliothèque, Gaston posa son échelle contre le mur.

Mes dents claquaient de colère; j'aurais pu rire pourtant, d'un rire de sarcasme, de défi; mais je me mordis la bouche. Il me semblait qu'il entendrait mes dents claquer.

Il regarda encore une fois autour de lui. Me cherchait-il? redoutait-il un autre témoin? Il ne pouvait me voir; il ne me devina pas. Je me dis que peut-être il oubliait qu'il m'avait donné rendez-vous devant ce balcon et que c'était pour lui seul qu'il faisait cette expédition!