Mon front était en sueur; un serpent se dressait dans ma poitrine…

Pourquoi la lumière s'était-elle éteinte dans la chambre de Reine, quand minuit avait sonné, quand Gaston était sorti de la serre? J'avais souhaité qu'elle s'éteignît; j'aurais voulu l'attiser, la faire flamboyer, pour quelle dévorât les persiennes, pour qu'elle éclatât au dehors, pour qu'elle devînt un incendie. Il m'eût bien fallu alors crier au feu!

Ce n'était qu'une coïncidence, cette nuit subite, derrière la persienne, au moment où Gaston était sorti.

Je regardai le balcon. On distinguait derrière les grandes vitres de la fenêtre les volets intérieurs fermés. J'étais fou. Gaston ne briserait pas les carreaux, ne forcerait pas les volets! Il redescendrait comme il était monté.

Je me dis cela, et je détachai mes mains de la pierre; je me soulevai sur le banc, prêt à m'élancer vers Gaston.

Il montait; il atteignit le balcon; il l'enjamba.

Je sortis de mon ombre pour courir à lui. J'y rentrai, ou plutôt j'y fus rejeté par une vision terrible.

Les volets intérieurs de la bibliothèque s'écartaient, la fenêtre s'ouvrait, et Reine tendait la main à Gaston.

Était-ce possible? N'étais-je pas le jouet d'une illusion? d'une gageure? d'une épreuve?

Non, non, c'était Reine. Ce qui me rendait la vision sensible, c'était précisément cette robe de mousseline blanche, que j'avais remarquée dans la soirée, qui laissait transparaître la blancheur de la peau sous le tissu… Le doute n'était pas possible. J'espérai que j'allais mourir. Je voulais crier. Gaston s'était penché sur le cou de la jeune fille. Ah! cette fois, elle ne s'était ni défendue, ni irritée!