Je vis ensuite une ombre passer devant la bougie, dans sa chambre; la lumière parut se reculer, mais resta.

Cette apparition était comme un dénouement qui ne laisse plus rien à conjecturer.

Il n'y a jamais de conviction assez solide qui ne s'augmente et ne s'enracine encore sous une preuve nouvelle. Cette fois, l'éclat de la preuve me fit pleurer.

La fureur était du doute; maintenant que j'étais persuadé absolument, je me sentis désarmé, faible comme un vaincu; c'était l'instant de la lâcheté nécessaire, permise.

Je n'avais plus rien à faire dans ce monde, puisque cette jeune fille si belle, que j'avais crue si loyale, arrachait de moi l'estime de la femme, le culte de la beauté, l'amour enfin! Je n'étais qu'un débris; je n'avais plus besoin de me diriger; le hasard, le souffle passant suffirait à me conduire!

XIII

Je me levai du banc; je marchai, et d'instinct je cherchai les endroits sombres dans ce jour qui commençait.

Je me trouvai bientôt devant cette large pièce d'eau dont j'ai parlé, derrière le château, à mi-côte.

Elle était entourée de grands arbres qui d'ordinaire la faisaient noire sur les bords, en ne laissant tomber qu'un peu de clarté au milieu. Le jour naissant faisait filtrer sous les branches des lueurs violettes indécises, qui teintaient l'eau immobile et lui donnaient une vague couleur de sang refroidi.

Je me rappelai la pièce d'eau du château paternel où ma mère s'était noyée. Celle-ci m'invitait-elle à mourir? Je tombai sur l'herbe et je m'abandonnai à une de ces douleurs enfantines qui sont des relais sublimes dans la virilité, car elles rajeunissent tout, et que l'on regrette autant que des bonheurs, plus tard, quand on est vieux.