Mon amour eut un dernier sursaut.
—Quoi! quelles choses? que savez-vous? que pressentez-vous que vous ne puissiez me révéler maintenant? Ai-je donc été victime d'une illusion? N'est-ce pas elle que j'ai vue, que j'ai reconnue? Oh! alors, je me mettrais à ses pieds; je lui demanderais pardon de ma douleur insensée. Parlez, miss… S'il y a un mystère qui me donne une illusion, confiez-le moi. Faites-moi douter, et je vous bénirai.
Je m'échauffais; miss Sharp se refroidit. La lumière répandue sur son visage s'éteignit comme sous des cendres. Sa bouche qui s'était épanouie, se resserra. Son regard se détourna du mien; l'inexorable raison lui donna un accent presque dur, tant il était net, décisif.
—Je n'ai rien à vous dire aujourd'hui; partez, monsieur d'Altenbourg.
Nous échangeâmes alors quelques paroles froides, pratiques, sur la meilleure façon pour moi de quitter le château. Miss Sharp était d'un excellent conseil. Quand je fus renseigné sur les dispositions à prendre, je remerciai l'Anglaise. La lueur lui revint aux joues, au front. Elle baissa la tête.
—Je devrais partir aussi, soupira-t-elle.
—Pourquoi?
Elle ne répliqua pas; elle resta quelques secondes immobile. Je crus m'apercevoir qu'elle pleurait.
Comme je lui faisais un geste d'adieu, par une démonstration de pitié et d'amitié, excessive en toute circonstance, mais incompréhensible de la part d'une Anglaise, miss Sharp me saisit la main et la porta à sa bouche.
—Adieu! adieu! me dit-elle en suffoquant. Ah! comme vous méritez d'être aimé!