Je pris cette exclamation enthousiaste pour une condamnation nouvelle de la conduite de Reine, et, me dégageant doucement:
—Je ne méritais pas d'aimer, dis-je à la confidente de mademoiselle de
Chavanges, puisque je n'ai pas su lui persuader de m'aimer. Adieu!
—Adieu!
Je sortis de la serre et traversai la salle de billard. Miss Sharp me suivait silencieusement. Nous allâmes ainsi jusqu'au bas du grand escalier du château. Je montai dans ma chambre, en marchant doucement; j'écrivis à M. de Thorvilliers, sans choisir le prétexte de mon départ, sans m'inquiéter des banalités que j'entassais.
Je chargeai le duc de mes excuses auprès de la marquise.
Je posai la lettre sur une table, bien en évidence, comme fait un homme qui va se suicider, et je m'occupai rapidement de mes préparatifs de départ.
Comme j'étais descendu pour chercher un domestique, doutant qu'il en fût un d'éveillé dans le château, je trouvai miss Sharp à la porte de ma chambre, avec un palefrenier qu'elle avait été chercher elle-même dans les écuries, en même temps qu'elle avait prévenu le vieux cocher de la marquise que j'avais besoin de partir par le premier train qui passait à Rocroy.
Elle veillait à tout; elle avait hâte de me voir parti.
Je la remerciai; le domestique descendit mes bagages, et le coupé pendant ce temps était attelé. Tout se fit silencieusement.
Quand il était nécessaire de dire un mot, on le disait à voix basse. Nous craignions de donner l'éveil. A deux ou trois reprises, il me sembla que miss Sharp écoutait dans la direction de la chambre de mademoiselle de Chavanges, comme si elle eût particulièrement redouté que celle-ci, mal endormie, ne vînt au bruit.