—Il ne faut pas placer toutes ses rentes dans le Paradis, me disait-il malignement.
Grâce à lui, je conservai de quoi vivre modestement et me permettre encore le luxe de quelques aumônes.
J'eus à Paris huit années de triomphe. La cour impériale, qui était dans son neuf, m'avait attiré à la chapelle des Tuileries; mais je me raidis sans doute en y allant, car j'eus la preuve de mon insuccès. On me trouvait intolérant dans mes paroles, fier dans ma tenue. Je ne voulus pas accepter la présidence de petites confréries charitables qui m'eussent enrubanné. Je n'aidai pas à rallier ceux qui boudaient encore dans le faubourg Saint-Germain. J'oubliais trop que j'étais le comte Hermann d'Altenbourg. On fut poli envers moi; mais on ne me demanda plus de prêcher devant l'empereur.
Je crois que ma popularité s'accrut de cette disgrâce, racontée par les journaux d'opposition; disgrâce, d'ailleurs, ou plutôt bouderie, qui me laissait libre, sans diminuer rien de la déférence que l'on avait pour moi.
Il y a, dans la vie de tout homme que le hasard, ou son ambition, amène à un certain degré de gloire, ou de prospérité, une heure de plénitude, d'éclat rayonnant en tous sens, de sérénité dans le succès qui ressemble au bonheur. C'est le moment où l'on voudrait dresser sa tente, comme sur les hauteurs où Dieu se fait visible.
Je n'attendais pas de bonheur; je ne voulais pas de prospérité plus grande, et, si je me sentais affranchi par mon importance, je n'avais plus d'autre ambition que celle de suivre, mon chemin, droit, dallé, lumineux.
Je tenais mon pacte avec le passé; le présent me satisfaisait; je ne demandais rien de plus à l'avenir.
J'allais avoir quarante ans. J'étais en paix avec moi-même. Rien de suspect ne se mouvait dans ma conscience. Mes souvenirs dormaient leur bon sommeil. J'étais sorti de cet automne anticipé que mes douleurs avaient substitué à ma jeunesse, et je me sentais devenir jeune, dans cette tranquillité acquise avec l'âge. Mes idées avaient assez d'espace dans un devoir superbe, élevé, pour ne pas se reposer, ni retourner, en arrière.
Si l'on m'eût dit qu'une passion couvait en moi, j'aurais souri, avec une confiance sincère…
Un soir, j'étais à une grande réception du ministère de la justice et des cultes. Je causais avec le nonce, qui voulait me donner de l'ambition, quand tout à coup, le son d'une voix que je n'avais pas entendue depuis dix-huit ans, me fit tressaillir.